Les Carnets du Grand Chemin

Playlist caractérielle 2025

Il était temps de la poster, la playlist de 2026 n'attendant pas le printemps pour pousser.
Oups... Passer d'une playlist par trimestre à une annuelle, est-ce le signe d'une moindre écoute, disponibilité, goût pour la chose, moindre qualité ? En fait non, c'est le mode de consommation qui a changé (aïe, j'ai dit consommation), et il passe beaucoup par une appli téléphone et non plus la plateforme vidéo qui me permettait de monter cette playlist.
Et puis il y a aussi cette année l'abandon des piges pour Mowno, alors oui, moins de stimulation par la nouveauté. Ce renoncement est dû pour partie au travail à la librairie, mais aussi au fait d'un sentiment qui s'est inversé depuis 2-3 ans, après des années fabuleuses de curiosité, e surtout de remise à niveau, sur le son rock, la lassitude pour un son plutôt univoque, occidental, électrique, voire parfois snob.
Cette lassitude se traduit aussi dans les concerts, ô je sais le besoin réconfortant que m'ont apportées les grottes de musique, les messes, les fuites, les retrouvailles qui s'y sont célébrées, mais consommation, toujours, retour au geste, à l'intention , réveil de la question qui me tracassait il y a 15 ans : qu'allons-nous chercher dans une salle de concert, qu'est-ce qu'un auditeur, que veut dire écouter, où s'arrête la musique, quelle en est l'essence ?
J'ai besoin de plus d'intime, de resserrement, de me regrouper à nouveau autour de mon propre feu, de relever les barrières, se protéger, se surprendre, arrêter de distribuer une flamme qui s'épuise. Besoin de retrouver le fou qui s'agitait jusqu'à l'épuisement, qui vociférait, pleurait, pour lui-même. Besoin de moins, mais de mieux, et surtout de plus "authentique". Moins de consommation, en sorte.


photo Un temple

Un temple

A ce moment-là, nous voulions une grotte. J'ai rêvé d'une Mecque, d'un temple, j’avais surtout besoin comme toujours d'avoir un son, comme j'ai un son pour chaque moment, et celui-ci était celui de cette dévotion, de ce hadj.
Depuis la fenêtre, des toits, des usines, des rocades, des terrains vagues... C'était laid. Toujours. Il fallait tout rendre à la nuit. Tourner le regard vers l'intérieur. S'interroger.
Non, nous n'embarquerions jamais pour les îles, pour une Mecque. Rien autour de nous ne serait beau. Que la pluie sur les vitres.

..."Where the body goes the mind will follow soon after."

Photo de Annie Spratt sur Unsplash


photo Un secret

Un secret

J’aimerais vous raconter, j'aimerais ne pas garder tout ça pour moi. Voila, je vais vous dire... Non, j'hésite, on ne se connait pas si bien. Si, si, bien sûr, nous sommes amis, comment vous dire, un ami, certes, vous êtes de cette cohorte fabuleuse d'amis apparus ces dernières années, comme je n'en avais jamais eu, moi qui me satisfaisais de la rareté de ceux-là qui me connaissent et me connaîtront toujours mieux que les autres, les exclusifs.

Vous, vous êtes la preuve que je suis aussi un animal social, que je sais aussi parfois enlever des épaisseurs à l'oignon (l'expression est laide ? Vous n'avez pas tort), faire sauter des paravents, être intéressé et curieux d'autre chose... Oui, vous dites vrai, il y a de l'opportunisme dans cette amitié, n'y en a-t-il pas toujours, beaucoup de choses ont changé... Dix ans... Comment ?  Ce que je viens de dire ?


photo Non merci, Eleonor

Non merci, Eleonor

"Bonjour, je suis Eleonor M., du Magazine du Livre", vous connaissez ? Quel libraire ne connait pas le Magazine du Livre, l'hebdo de référence du métier et de toute la sphère du livre, un quasi faiseur de Goncourt, pour le moins le grand décideur des tendances "saisonnières". Quel honneur.
"Vous connaissez Mr X. et son dernier ouvrage de SF ?"
Non, pas du tout, et puis je ne suis pas grand connaisseur de SF...


photo La maison vide

La maison vide

La maison vide est le titre du nouveau roman de Mauvignier. Je ne vais pas en parler, ou très peu, je ne l'ai pas lu, ne le lirai probablement pas parce qu'il sera victime comme beaucoup de livres de rentrée, portés par la promo, d'une exégèse qui dépassera outrageusement ses qualités et son intérêt narratives et stylistiques, exégèse qui permettra d'avoir un avis sans même l'ouvrir, je ne devrais pas m'en vanter, il n'y a pas de condescendance ou de mépris, mais tant de livres à lire ayant au moins autant d'intérêt et besoin de plus de promo de la part des libraires que je me concentrerais sur ces modestes qui n'ont de modeste que leur distribution, et je fais vraiment des phrases trop longues alors que je n'ai pas encore abordé mon sujet.


photo Mood

Mood

Matin de départ. La température à plus de 20 degrés déjà,  6 heures du matin, mais il faut savourer. A cet instant, la lumière est encore douce. Dans trois heures tout au plus, on ne sera pas encore dans le col, mais la chaleur aura saisi les marcheurs sur le sentier dans leur première pause, là-bas sur le presque horizon. Voila ce qui me manque, ici, cette déchirure irrégulière entre le ciel et la terre, pas une élévation folle, non pas une montagne à plus de 2000 mètres, pas la douleur, pas de promesse intenable, d'impossible à rêver, mais juste un balcon avec quelque chose de différent derrière, un courant d'air, un vautour, un buisson de mûres et le froissement du vent.
Il est six heures, et ce paradoxe nous tient : attendre le jour ou s'allonger encore un peu ? Partir et profiter de la fraîcheur ou attendre qu'il soit juste trop tard ?
Écouter une chanson engendre parfois des mélancolies inattendues.