Quelle était cette vie que je menais ? Quel genre d'homme étais-je devenu ? C'était ma faute et non celle des autres. Je me lassais des gens. Je renonçais et je disparaissais. Je ne gardais personne. Tous abîmés. Sauf les chiens. Complets comme des pierres, ceux-là. Les chiens étaient la seule prison dans laquelle je voulais vivre.
J'avais besoin d'une autre vie pour laver celle-ci.J'avais besoin de nombreuses vies successives pour laver la prochaine, jusqu'à ce que je devienne un monolithe recevant l'offrande du soleil et celle du gel avec la même passivité. Ou un arbre accroché à la terre par de longues racines communicantes. Un langage universel que nous ne connaissons pas encore. Nous, les imparfaits. Nous, les attardés de la perfection.Isabela FIGUEIREDO
Un chien au milieu du chemin
Ed. Chandeigne, 2025
Des images surprenantes, des comparaisons audacieuses, des personnages instables et mal-assumés, une moralité acide et intransigeante. Un livre OVNI dont on se demande s'il a une direction. Dont on se réjouit qu'il n'en ai pas. Un malaise durable et rétroactif. Une liberté mal nommée et intenable. Un monde qu'on prend l'apparence de rejeter mais sur lequel on n'a pas de prise. Des vies qu'on a fait semblant de choisir. L'opportunité de s'en délester.
Allée 31, outillage électroportatif. La petite musique trop forte qui me rentre dans le crâne depuis notre arrivée dans la grande surface m'a définitivement conquis. Shazam, et hop, comme je le pressentais, c'est du lourd : Taylor Swift. Je n'ai entendu que des bribes du morceau, mais j'ai déjà l'air bien vissé dans la tête. A ce niveau là, ce n'est plus de la musique, ce n'est même plus du marketing, c’est la recette du Big Mac [...]
Il était temps de la poster, la playlist de 2026 n'attendant pas le printemps pour pousser.
Oups... Passer d'une playlist par trimestre à une annuelle, est-ce le signe d'une moindre écoute, disponibilité, goût pour la chose, moindre qualité ? En fait non, c'est le mode de consommation qui a changé (aïe, j'ai dit consommation), et il passe beaucoup par une appli téléphone et non plus la plateforme vidéo qui me permettait de monter cette playlist.
Et puis il y a aussi cette année l'abandon des piges pour Mowno, alors oui, moins de stimulation par la nouveauté. Ce renoncement est dû pour partie au travail à la librairie, mais aussi au fait d'un sentiment qui s'est inversé depuis 2-3 ans, après des années fabuleuses de curiosité, e surtout de remise à niveau, sur le son rock, la lassitude pour un son plutôt univoque, occidental, électrique, voire parfois snob.
Cette lassitude se traduit aussi dans les concerts, ô je sais le besoin réconfortant que m'ont apportées les grottes de musique, les messes, les fuites, les retrouvailles qui s'y sont célébrées, mais consommation, toujours, retour au geste, à l'intention , réveil de la question qui me tracassait il y a 15 ans : qu'allons-nous chercher dans une salle de concert, qu'est-ce qu'un auditeur, que veut dire écouter, où s'arrête la musique, quelle en est l'essence ?
J'ai besoin de plus d'intime, de resserrement, de me regrouper à nouveau autour de mon propre feu, de relever les barrières, se protéger, se surprendre, arrêter de distribuer une flamme qui s'épuise. Besoin de retrouver le fou qui s'agitait jusqu'à l'épuisement, qui vociférait, pleurait, pour lui-même. Besoin de moins, mais de mieux, et surtout de plus "authentique". Moins de consommation, en sorte.
A ce moment-là, nous voulions une grotte. J'ai rêvé d'une Mecque, d'un temple, j’avais surtout besoin comme toujours d'avoir un son, comme j'ai un son pour chaque moment, et celui-ci était celui de cette dévotion, de ce hadj.
Depuis la fenêtre, des toits, des usines, des rocades, des terrains vagues... C'était laid. Toujours. Il fallait tout rendre à la nuit. Tourner le regard vers l'intérieur. S'interroger.
Non, nous n'embarquerions jamais pour les îles, pour une Mecque. Rien autour de nous ne serait beau. Que la pluie sur les vitres.
..."Where the body goes the mind will follow soon after."
Photo de Annie Spratt sur Unsplash
J’aimerais vous raconter, j'aimerais ne pas garder tout ça pour moi. Voila, je vais vous dire... Non, j'hésite, on ne se connait pas si bien. Si, si, bien sûr, nous sommes amis, comment vous dire, un ami, certes, vous êtes de cette cohorte fabuleuse d'amis apparus ces dernières années, comme je n'en avais jamais eu, moi qui me satisfaisais de la rareté de ceux-là qui me connaissent et me connaîtront toujours mieux que les autres, les exclusifs.
Vous, vous êtes la preuve que je suis aussi un animal social, que je sais aussi parfois enlever des épaisseurs à l'oignon (l'expression est laide ? Vous n'avez pas tort), faire sauter des paravents, être intéressé et curieux d'autre chose... Oui, vous dites vrai, il y a de l'opportunisme dans cette amitié, n'y en a-t-il pas toujours, beaucoup de choses ont changé... Dix ans... Comment ? Ce que je viens de dire ?
"Bonjour, je suis Eleonor M., du Magazine du Livre", vous connaissez ? Quel libraire ne connait pas le Magazine du Livre, l'hebdo de référence du métier et de toute la sphère du livre, un quasi faiseur de Goncourt, pour le moins le grand décideur des tendances "saisonnières". Quel honneur.
"Vous connaissez Mr X. et son dernier ouvrage de SF ?"
Non, pas du tout, et puis je ne suis pas grand connaisseur de SF...