La maison vide est le titre du nouveau roman de Mauvignier. Je ne vais pas en parler, ou très peu, je ne l'ai pas lu, ne le lirai probablement pas parce qu'il sera victime comme beaucoup de livres de rentrée, portés par la promo, d'une exégèse qui dépassera outrageusement ses qualités et son intérêt narratives et stylistiques, exégèse qui permettra d'avoir un avis sans même l'ouvrir, je ne devrais pas m'en vanter, il n'y a pas de condescendance ou de mépris, mais tant de livres à lire ayant au moins autant d'intérêt et besoin de plus de promo de la part des libraires que je me concentrerais sur ces modestes qui n'ont de modeste que leur distribution, et je fais vraiment des phrases trop longues alors que je n'ai pas encore abordé mon sujet.
Dans La maison vide, Mauvignier raconte l'histoire de sa famille "en creux", par tous ses manques. Allant dans la maison de famille désormais close et partiellement vide, il fait parler la poussière, les rares objets, et fait advenir des portraits, des gestes, de la lumière, des voix et des émotions...
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La vie en creux, une histoire en creux... Oui, il est des histoires que l'on peut raconter par tout ce qu'elles n'ont pas été et ce qu'elles se sont refusées. Il est des histoires qui, étirées dans le temps, valent pour le peu qu'elles ont bâti. Une histoire en creux, celle du non-vécu. A peine des rencontres, à peine du temps passé, à peine des moments partagés. Ce sont des montagnes de frustrations, de flemme, de ratages, de "Je sais pas", de silences qui lasseraient les lecteurs, des histoires sans trame, sans synopsis, sans scénario, ridicules surement par leur attente immense, par le silence qui hurle, la nuit qui s'attarde, entre deux mots, deux feux de forêt.
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Il faudrait d'ailleurs interroger le "peu", le "vivre", le "partage". C’est le principe du creux. Le creux est come le miroir, il exige pour se souvenir de faire revenir la forme, il exige les deux parties, les deux mouvements, vers soi, vers l'autre. Le creux n'existe pas sans ce double regard. L'histoire en creux n’est pas un catalogue d'images projetées. Un creux n’est pas un rien. Dans la partition, même le silence compte.
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Dans la maison vide, il y a des traces. La poussière qui gravite dans le rai de lumière, le rideau empesé, le parquet soupirant, le papier peint tâché, souvenirs empilés. Ma maison vide me parle, elle vient à moi et je suis son écho. Éclats de beauté. Ruine et dévastation.