L'intro d'une soirée dans un festival classique qui ne vit que sous perfusion des services culturels de tous les étages de l'administration française, ça ressemble au service obséquieux d'un restaurant gastronomique : nous partons sur un petit voyage dans les îles avec cet effilé de morue très fraiche et son jus pressé de betteraves fumées au thym de Rhodésie méridionale. Vous apprécierez les sucs et la longueur en bouche, rafraichie par la note amère du biscuit craquant aux os de sèche. Ici, c'est une pointe de roquette, ça fait joli, et là, du persil parce le chef trouvait la forme jolie.
Autant dire que je m'ennuie et m'agace très vite à écouter ces gens, à voir ces têtes qui sont toujours les mêmes dans cet espèce de carré or (places très chères mais jamais payantes parce que réservées à des invités qui sont toujours les mêmes) au plus près de la scène... Bref, vous ai-je déjà dit (plus de mille fois) que toute forme de discours performatif m'énerve ? Ça va du comique au politique, de la menace au sous-entendu, de l'utopie à la post-vérité (comme on dit).
Revenons à notre orchestre. La musique, ça s'entend. Ça s'écoute. Toujours cette sensation de douche chaude, même très mal assis sur une chaise, tourné de trois-quart vers la droite pour apercevoir le dos de quelques musiciens. Et dans un programme improbable et fourre-tout composé d'une création contemporaine, d'une pièce classique - concerto pour clarinette de Mozart - et d'une pièce romantique - 4è symphonie de Schumann, se satisfaire (et quelle satisfaction !) de retrouver tous les poncifs mozartiens savamment emboîtés dans ce second mouvement.