Les Carnets du Grand Chemin

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Un secret

J’aimerais vous raconter, j'aimerais ne pas garder tout ça pour moi. Voila, je vais vous dire... Non, j'hésite, on ne se connait pas si bien. Si, si, bien sûr, nous sommes amis, comment vous dire, un ami, certes, vous êtes de cette cohorte fabuleuse d'amis apparus ces dernières années, comme je n'en avais jamais eu, moi qui me satisfaisais de la rareté de ceux-là qui me connaissent et me connaîtront toujours mieux que les autres, les exclusifs.

Vous, vous êtes la preuve que je suis aussi un animal social, que je sais aussi parfois enlever des épaisseurs à l'oignon (l'expression est laide ? Vous n'avez pas tort), faire sauter des paravents, être intéressé et curieux d'autre chose... Oui, vous dites vrai, il y a de l'opportunisme dans cette amitié, n'y en a-t-il pas toujours, beaucoup de choses ont changé... Dix ans... Comment ?  Ce que je viens de dire ?


photo Mal

Mal

Perdre sa lucidité. Ça a beaucoup de formes. Je croyais connaître cela parce que j'avais marché en plein soleil, traînant pendant plus de trois heures une douleur aigüe au pied, la tête prise de vertiges et bourdonnante sous l'effet d'un premier stade de déshydratation (waouh, là, ça fait vraiment aventurier) pour ne pas rater le départ d'un dernier bus, il y a quelques années. Cette année, j'ai ajouté quelques cordes à mon arc d'aventurier en carton (plutôt des expériences enrichissantes au final, même si l'une d'elle aurait pu être tragique).


photo Cabre

Cabre

Il y a dix ans, je découvrais aussi le massif cantalien, et le lieu ou je veux résider, mort, moi qui ne crois pas à l'après-vie.


photo Amer

Amer

Je voudrais profiter de la chaleur, je voudrais être apaisé. Je voudrais transpirer et la sagesse et la paix. Je sais que je n'y arriverai jamais. Tout m'atteint. Toujours. Trop. J'ai toujours privilégié, face à la violence subie, et même celle que j'aurais pu, que je peux, faire, la fuite, l'éloignement. Le silence et la solitude plutôt que l'affrontement. 
Qu'on ne s'y trompe pas, je n'y trouve pas d'apaisement. Le bruit, les images qui me parviennent chaque jour, à toute les échelles, alors que je tente de m'en protéger, me heurtent brutalement. Ce sont des béliers qui m'ébranlent. La tour se fragilise, irrémédiablement. Je suis pourtant plutôt protégé par la vie.

Je ne choisirai jamais le combat. Je donnerai toujours de l'eau à un frère. Même si ce frère m'emmerde. Je ne m'engagerai jamais pour une idée. Je l'ai toujours dit, je le répèterai toujours : choisir un camp, c’est se priver d'écouter l'autre, adopter des mots, des discours, des sophismes qui ne sont pas les miens, et défendent plus un pouvoir qu'une éthique. Je ne peux concevoir avoir raison, savoir mieux, prétendre à plus.

Je veux juste qu'on me permette de tanguer, encore, de trouver plus beau le papillon que la guerre, d'errer, de rire de tout, surtout de moi, et de ne croire en rien qui puisse faire mal. Ce déséquilibre qui m'inspire et me confirme être vivant, je le chéris jusque dans son effrayante fragilité.

J'ai eu un discours (celui-là je l'aurai toujours, même si j'en suis l'apôtre le plus contestable et le plus contradictoire). Je fais déjà partie des vainqueurs. Mon combat est terminé. Mille fois on m'a raillé, mais le discours est acté d'une adaptation, puisque nous n'avons pas voulu changer les choses. Dans cette adaptation, je ne vois que l'aveu d'une erreur, plutôt d'une malhonnêteté assumée : la terre brûle, maintenant nous l'admettons. Mais nous savons qu'il ne sera jamais rien fait. Nous trouvons le brasier trop beau.

Dorénavant, même ça, je m'en fous. Je ne veux pas mourir cinglé.


photo Qui suis-je ?

Qui suis-je ?

Un peu de tout ça


photo Le bord de l'assiette

Le bord de l'assiette

Je rêvais depuis quelques années de marcher sur le bord de l'assiette. De trouver cette perspective de carte postale que les OT nous survendent de ce territoire. Alors qu'en fait, il suffit de monter et d'approcher la falaise. N’importe où. Ça fonctionne à chaque fois. Parce qu'en effet, le Vercors est une assiette dont le challenge est d'arpenter le contour festonné et vertigineux. Alors les perspectives se noient dans un sfumato vénitien qu'on ne croyait exister que chez Léonard de Vinci.