un mètre cinquante-deux

Posté par Nico dans - 11 juin 2026 15:19

Au printemps, je suis revenu près de ton jardin. Avec cette adresse que nous avons dorénavant là où la terre est la plus à l'ouest, voila que nous sommes passés, en quelques mois, en quelques mois, tout près de chez toi. Depuis la vente de ta maison, je refusais obstinément de retourner en Bretagne, pour m'éviter la tentation du pèlerinage. 
Pas trop envie de parler de ce retour, très conforme à ce que j'en attendais, c'est à dire que je m'efforce de ne pas m'inventer de regrets, puisque je ne peux pas en avoir. J'ai, puis nous avons vécu, des instants qui sont notre patrimoine commun, un sédiment qui n'est et ne reste qu'à nous, grâce à toi. Puis tu n'étais plus, et nous étions encore là. Nous allions te voir dans ta demeure de pierre. Puis nous n'avions plus de toit, nous avons donc eu le souvenir et nous l'avons encore.

Avant de partir nous avons pris de ton jardin quelques essentiels que j'avais vu mon grand-père, puis toi, tailler avec constance et passion. Dans ces plantes adoptées par ma terre, il y a un rosier. Je l'appelle grand-mère, évidemment, moi qui connait le nom de tous (ou presque) mes rosiers. Il est au fond de cette perspective qu'ouvre la petite terrasse. Discret, il nous regarde. Il veille. Il rayonne.

Comme toi, comme toutes les femmes de cette famille à l'exception de ma sœur, il mesure un mètre cinquante-deux.