Travaux de printemps, je dépose la porte de l’atelier pour en refaire une puis la remplacer. Un grondement régulier et monotone se fait immédiatement entendre. D'ailleurs, le phénomène se reproduit depuis plusieurs mois chaque fois que je franchis l'entrée de l'atelier. Un mystérieux gardien me fait comprendre par son vol affairé que je le dérange.
Un bourdon solitaire a probablement élu domicile dans une anfractuosité invisible du vieux mur, dans l'ombre, derrière les outils, les barres de métal, les gouttières et tuyaux PVC. Pour vivre heureux, vivons caché. Toute la durée de mon bricolage, j'aurai autour de ma tête son vibrato régulier. Je suis dans son petit territoire, et il n'est pas décidé à s'en éloigner (je le comprends si bien).
Depuis, j'ai remis la porte. A-t-il trouvé un petit espace entre le montant et la porte pour sortir, fait-il l'effort de passer par-dessus (c'est une porte d'écurie à deux battants dont on ne ferme que la partie basse pour protéger les hirondelles du chat) je continue de le croiser, sur une aire de 20m² à peu près, comprenant pelouse, murs, vignes, rosiers, trèfles, hortensias, fraîcheur, soleil, ombre - le luxe, en somme - dans sa vie de vieux garçon tranquille et ritualisée. Je crois qu'on s'aime bien.