Non merci, Eleonor

Posté par Nico dans Lire - 20 septembre 2025 09:58

"Bonjour, je suis Eleonor M., du Magazine du Livre", vous connaissez ? Quel libraire ne connait pas le Magazine du Livre, l'hebdo de référence du métier et de toute la sphère du livre, un quasi faiseur de Goncourt, pour le moins le grand décideur des tendances "saisonnières". Quel honneur.
"Vous connaissez Mr X. et son dernier ouvrage de SF ?"
Non, pas du tout, et puis je ne suis pas grand connaisseur de SF...
"Je vous envoie le livre et vous propose de faire un petit podcast 1'30 pour nous le présenter sur le site du Magazine, c’est intéressant, non ?"
Alors, intéressant en quoi, pour qui, pour quoi ? Je vais devoir montrer ma gueule gratuitement (dans mon intérêt, me laisse-t-on comprendre ?!) et faire la promo d'un livre dans des conditions formatées et subies sur le site d'un magazine qui à priori n'a pas assez de main d’œuvre pour le faire lui-même après avoir signé un accord publicitaire avec un éditeur ?
Non merci, Eleonor.
Je suis mauvais client pour la flagornerie, je ne suis pas sensible au prestige es "marques", je ne rêve pas d'avoir mon nom ni ma tête dans un journal. Ou tout du moins, dans ces conditions.
Que n'êtes-vous venue me dire : "notre ambition est de mettre en lumière les librairies indépendantes en leur proposant de mettre en valeur leur coup de cœur du moment"... Là, j'aurais senti un intérêt réel et désintéressé, un vrai côté donnant-donnant qui m'aurait encouragé, au moins, à me plier à l'exercice.
Mais vois-tu, j'ai une montagne de livres passionnants, d'aventures, de héros qui m'attendent partout où je pose mon regard pour m'infliger une lecture (peut-être passionnante elle aussi) imposée supplémentaire dans le seul but de faire gratuitement votre boulot de promotion.
Je ne connais pas Mr. X., je ne vais pas lire son livre en priorité au détriment de tout le reste et me forcer à en dire du bien parce que tel sera le contrat.
Mortifié malgré tout par mon propre refus (c’est comme ça, j'ai toujours le sentiment d’insulter et humilier mon interlocuteur, même un banquier, un vendeur d'extincteurs ou un enfant qui vend des parts de gâteaux pour financer son voyage scolaire quand je dis non à quelqu'un), je lui demande quand même, un peu désabusé : Vous êtes vraiment Eleonor M. ? J'ai adoré votre documentaire et j'aurais adoré vous recevoir en dédicaces... 
Mais pas comme responsable de comm'.
Goodbye Eleonor