On voit au loin la côte, que l'on a fini par quitter.
Se souvient-on pourquoi, et si le départ était voulu ou précipité ?
On sait ce qu'on y laisse, des lieux, des proches, des mots.
Cela s'appelle nostalgie.
Tandis qu'avance le bateau, vers une lumière, une côte, de l'incertain, nous gardons, nous retournant, dans la trace déchirée des moteurs, un sillage.
Le sillage est cette mémoire de la côte disparue.
Il y a toujours un chemin entre l'avant et l'après. Parce que tout reste toujours connecté.
Le sillage est l'empreinte neuronale de ce qui a été vécu. La liaison entre tous les cailloux du chemin.
Une sorte de "je n'oublie rien".
A lui je peux le dire, parce que je ne le connais pas, c’est tellement plus facile.
Je lui dis que je ne marche pas pour me prouver quelque chose, pour aller chercher quoi que ce soit ou me faire mal.
Je suis un animal domestique. J'aime le confort et je n'ai pas d'aptitude à la solitude.
Je marche pour sortir et pour entrer.
Je sais, il suffit d'une porte, pour ça. Pas besoin d'ajouter de chemin ni de paysage.
Mais il faut un peu de temps pour sortir de soi. Il en faut aussi pour rentrer en soi. Et pour cela, le chemin est la porte.
Il faudra une vie d'exploration de cet intérieur et cet extérieur pour comprendre que c'est l'exploration elle-même qui est la vie. Et qu'il ne suffit pas de l'avoir regardée.
Ouroboros
Nuit trop courte.
Montée tranquille du stress.
Voyage monotone.
Calme.
En soi, pour arriver prêt.
A l'aurore.
J'aime la nuit calme des habitués de la solitude.
J'aime les contours flous de la nuit.
J'aime arriver à Nantes avec l'aube.

Marcher entre l'ancien et le nouveau, l'envers et le droit, le jour et la nuit, l'aller et le retour.
Faire demi-tour serait encore avancer.
Faire la bascule, revenir à soi, la tête en bas.
Prendre le monde dans le sens que l'on souhaite.
Voir le ciel partout.

VIII
Angoisse :
"Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales