Sur la crête,
attendre que le soleil devienne orange et aveuglant. Les ombres sont gigantesques, et chaque vallonnement prend un relief démesuré.
Là, il est temps de se dire qu'il faudra trouver où planter la tente.
Le vent forcit. Je ne dormirai pas dans le col.
Je ne suis jamais parti.
J'ai pris ma voiture, me suis posé sur des parkings, pris ma tente, et j'ai marché.
Je me suis éloigné, j'ai perdu la parole, je me suis isolé, j'ai pris peur, j'ai hésité, j'ai erré.
L'air de rien, je ne suis pas vraiment revenu.
Tu peux dire "j'ai vu". Tu peux dire "je sais".
N'empêche, ta connaissance enjambera toujours un trou.
En toute chose, il y a de l'inconnaissable.
Heureusement, d’ailleurs, quand on y réfléchit.
D'autres visages..
Il y en a eu des dizaines qui ne sont pas tous denses même s'ils restent mémorables. Les suivants n'ont pas été que croisés. Eux et moi nous sommes arrêtés, nous sommes regardés. Un rythme, un souffle dans la promenade.
Ne pas se méprendre sur l'intérêt renouvelé de la rencontre lorsqu'on marche.
Il n'a rien à voir avec la solitude du voyageur et la "redécouverte", supposée plus simple et authentique", de l'autre. Aucun exotisme dans la rencontre.
Quand on marche, on ne cherche rien à l'extérieur. A peine à l'intérieur de soi. Peut-être juste entendre son cœur battre plus fort dans les oreilles.
Les plateaux sont de la même nature que le silence.
Ce sont des lieux que l'on ne fait que traverser.
Aussi beaux qu'ils soient, on n'y réside pas.
Nous traversons les plateaux, nous traversons les silences.