Les plateaux sont de la même nature que le silence.
Ce sont des lieux que l'on ne fait que traverser.
Aussi beaux qu'ils soient, on n'y réside pas.
Nous traversons les plateaux, nous traversons les silences.
Et justement, peut-être, parce que ce ne sont que des instants transitifs, nous en apprécions la qualité, et la matière, la substance qui ne se donne pas, envoûtante, éphémère.
Ne se donnant pas, ne se laissant pas domestiquer, capturer, réifier (combien de fois on regarde la photo en se disant "ça ne rend pas ce que j'ai vécu", on peine à décrire la magie suspendue entre deux mots, justement par ce que de mots, il n'y avait pas), on pense même avoir rêvé.
Un plateau, un silence, sont beaux, absolument, et pour cela, insupportables. Comme ils semblent s'ouvrir devant nous, vouloir nous accueillir, ils se referment pourtant juste derrière. Se retournant, jamais on ne retrouve l'épaisseur de l'instant où ils nous accueillaient.
Vouloir y demeurer serait de toute façon en gâter la nature, puis en perdre le goût irrémédiablement.
