Renoncé à la pérégrination.
Renoncé au départ, à la contrainte, la solitude, la difficulté.
Renoncé à tout ce qui œuvrait à sa réussite.
Renoncé à ce qui l'avait rendu nécessaire ?
Renoncé à la curiosité.
Le confort du chalet, ennemi de la curiosité ?
Si non, qui est le coupable ?
Et la curiosité, où trouve-t-elle sa source ? Dans un besoin vital, une survie ?
Dans la compensation d'un manque ?
A-t-elle une fin ?
Etre plus au monde ici, chez moi, qu'à l'autre bout du monde (promiscuité des lieux touristiques jusqu'au sommet de l'Everest).
Éprouver la fatigue, la faim, la douleur.
Invariablement.
La triste monotonie du train. Espace clos où il ne passe que de l'attente.
Paris, Rennes, Nantes, Bordeaux, Strasbourg... (en attendant la suite)
Quand ce sont tes enfants qui imposent le programme des sorties...
Le plaisir de marcher est avant tout celui du chemin.
Après une averse, je déteste même mon jardin, cette terre collante et glissante.
Je ne supporte pas lever des pieds qui se sont alourdis de plusieurs kilos.
Même en faire le tour me met de mauvaise humeur.
On voit au loin la côte, que l'on a fini par quitter.
Se souvient-on pourquoi, et si le départ était voulu ou précipité ?
On sait ce qu'on y laisse, des lieux, des proches, des mots.
Cela s'appelle nostalgie.
Tandis qu'avance le bateau, vers une lumière, une côte, de l'incertain, nous gardons, nous retournant, dans la trace déchirée des moteurs, un sillage.
Le sillage est cette mémoire de la côte disparue.
Il y a toujours un chemin entre l'avant et l'après. Parce que tout reste toujours connecté.
Le sillage est l'empreinte neuronale de ce qui a été vécu. La liaison entre tous les cailloux du chemin.
Une sorte de "je n'oublie rien".