Je finissais presque par me dire que la qualité de ma lecture et ma capacité à me laisser épingler sombraient tranquillement à cause de la quantité de livres que j'essaie d'avaler pour pouvoir en parler. Il y aurait beaucoup à dire sur la relative rareté des ouvrages marquants, singuliers, brillants, sur le volume des parutions, sur l'annihilation du goût sous la quantité et les obligations. Mais parlons peu et directement : ça faisait longtemps que je n'avais pas lu une phrase qui me fasse ainsi lever la tête, et là encore, on pourrait s'interroger "mais pourquoi cette phrase, pas si fofolle, plus qu'une autre ?" Et bien... allez savoir... Probablement une affaire de contexte (je crois que je tiens avec ce mot la clé de toutes les les interrogations précédentes..."
Ha oui, la phrase, au fait :
sur les phrases qu'on ne comprend pas.
Sur les routes de Damas et de Jéricho...
Sur la destinée ? (provoc)
Sur la conversion, sur le baptême
Sur la lumière et la chaleur, les malaises, les visions
Sur la ligne qui va du néant à la guerre
Sur le sable
Sur le mensonge
Photo de David McLenachan sur Unsplash
Mood
(et puis revenir dans le game avec un petit titre à la con, c'est parfait)
Nous sommes fous. Mais il y a tellement de plaisir à prendre dans tout ce qui nous arrive que nous aimons danser en regardant l'effondrement. Nous aimons tellement danser. Nous le ferons de plus en plus vite, de plus en plus mal, sans plus savoir que nous le faisons. Déjà, nous ne comprenons plus le sens des mots que notre bouche prononce en souriant. Nous en aurons enfin fini, quelques uns pleureront peut-être, mais nous partirons malgré tout heureux et sans regret.
Il en faut du temps pour retrouver la voix. Il faut de la morgue, des épines, des mains en sang, un nez qui casse, la pluie qui emporte, la douleur qui ne cicatrise pas, le départ, la pollution dramatique et oppressante de l'air, des rires furieux et des insultes.
Il faut des joies, des surprises, des rendez-vous et des promesses vides, la certitude d'un choix, le plaisir, le regard du doute, l'enthousiasme enfin.
Vivant. Encore. Mutant. Inadapté. Amputé. Décharné. Mais tant que ça hurle, je continue d'en vouloir. Je vous aime, putain, je vous aime. Écorchures, nerfs rouges vifs, tendons brisés, braises, acides.
Les mots croient m'ensevelir sous le poids de leurs pages ? Dans le bocal de ma mer de livres, je n'écris plus. J'entends moins aussi. Il y a un couvercle à lever, une fenêtre à ouvrir. Un mur à tomber. Une peur à domestiquer. Une paresse, surtout. Lutter contre soi, en plus de lutter contre le dégoût.
Il y a des pages que je renonce à aboutir. Des chansons à taire. Des regrets à déchirer. Du temps à prendre, à écraser comme des fruits, a se gaver. Des parfums à te dire, des taches à nous faire, la mort à nous damner, du plaisir, du plaisir, dans le rire, dans l'ivresse, les choix...
Je suis vieux. Autre. Mais je suis vivant, encore : j'écris