Les Carnets du Grand Chemin

photo L'odeur du blanc

L'odeur du blanc

Dès que les premières fleurs apparaissent au mois de mars, je recommence chaque année une routine quotidienne faite de tours de jardin au moins bi-quotidiens à la recherche des fleurs apparues le jour même. C’est frénétique, quasi maniaque. Tulipes, premières roses, premières feuilles dans les arbres... La transformation de la haie est aussi passionnante, parce que chaque année, je la taillerai en pensant à ce que j'ai remarqué l'année précédente. Les arbustes ont fini de nourrir de leurs fruits fripés ou blets les oiseaux au sortir de l'hiver, oiseaux qui nous précèdent ou nous fuient à travers les ramures basses et emmêlées. On découvre des nids. Noisetier, épine noire, lilas, cytise et enfin aubépine.

La fleur de l'aubépine me rappelle une bague de grand-mère, petit bijou de peu de valeur (marchande) fait de cinq pétales de cuivre dorés au cœur duquel brille un petit éclat de pierre.

L'aubépine est surtout depuis l'adolescence la fleur de mon printemps. Avant que le quartier pavillonnaire ne se construise, la route qui passait devant chez mes parents était rurale, ligne sans marque au sol, bordée de fossés. En face de ma chambre se dressait un champ où paissaient trois ânes, un champ bordé, d'une haute et longue haie d'aubépines qui exhalait pendant quelques semaines, quand les soirées devenues longues et chaudes permettaient de garder les fenêtres ouvertes, leur parfum complexe, acre et sec, de suint et de foin. 

C’est assis à cheval sur le montant de ma fenêtre que j'ai lu jusqu'à la nuit Salammbô, de Flaubert, courant après elle dans les jardins d'Hamilcar, rêvant de bataille, de prestige et de sensualité, dans l'étrange et puissant parfum du printemps.

Aubépine est l'odeur du blanc. Blanc est la couleur de Salammbô.


photo Le goût du bleu

Le goût du bleu

Ligne droite vers la mer. Plateau surplombant cette surface toujours furieuse. L’extrême ouest de la Bretagne m'essouffle et me fracasse, toujours bruyant, toujours agité. Pas de repos sur ces terres. Pas de contemplation sans le silence, pour ma part. Perspective d'une beauté et d'une intensité rare. Bordant le sentier, des touffes de bourrache dont je cueille quelques fleurs, au goût de concombre amer et de violette.
J'avance avec ce goût résiduel dans la bouche. La bourrache a le goût du bleu.

Photo de Julietta Watsonsur Unsplash


photo Rond

Rond

Tu gouttes le plat que tu nous a préparé avec autant d'attention que de plaisir pour nous apprendre que ne pas manger de viande, ça ne veut pas dire se priver. Tu dis "j'aime le garam masala parce que son goût est rond". L'image qui me vient est évidente. Elle convient aussi parfaitement aux ingrédients, dont les pois chiches, qui le constituent. Mais ici, le piment a hérissé quelques pointes sur la rondeur du goût.

Rond.

Je repense à l'annonce qu'elle m'avait faite de sa grossesse : "c'est un garçon et nous lui avons trouvé un prénom rond".

Assez peu déterminable, créer une analogie entre une chose et la rondeur est malgré tout puissamment évocateur.

Je pense encore au petit garçon que j'aidais à faire un dessin : "là, on pourrait faire un rond". "Papa, on dit un cercle, c’est les petits bébés qui disent rond". C'est carré !

Petit titre d'un album dans le thème :


photo Un secret

Un secret

J’aimerais vous raconter, j'aimerais ne pas garder tout ça pour moi. Voila, je vais vous dire... Non, j'hésite, on ne se connait pas si bien. Si, si, bien sûr, nous sommes amis, comment vous dire, un ami, certes, vous êtes de cette cohorte fabuleuse d'amis apparus ces dernières années, comme je n'en avais jamais eu, moi qui me satisfaisais de la rareté de ceux-là qui me connaissent et me connaîtront toujours mieux que les autres, les exclusifs.

Vous, vous êtes la preuve que je suis aussi un animal social, que je sais aussi parfois enlever des épaisseurs à l'oignon (l'expression est laide ? Vous n'avez pas tort), faire sauter des paravents, être intéressé et curieux d'autre chose... Oui, vous dites vrai, il y a de l'opportunisme dans cette amitié, n'y en a-t-il pas toujours, beaucoup de choses ont changé... Dix ans... Comment ?  Ce que je viens de dire ?


photo Mal

Mal

Perdre sa lucidité. Ça a beaucoup de formes. Je croyais connaître cela parce que j'avais marché en plein soleil, traînant pendant plus de trois heures une douleur aigüe au pied, la tête prise de vertiges et bourdonnante sous l'effet d'un premier stade de déshydratation (waouh, là, ça fait vraiment aventurier) pour ne pas rater le départ d'un dernier bus, il y a quelques années. Cette année, j'ai ajouté quelques cordes à mon arc d'aventurier en carton (plutôt des expériences enrichissantes au final, même si l'une d'elle aurait pu être tragique).


photo Cabre

Cabre

Il y a dix ans, je découvrais aussi le massif cantalien, et le lieu ou je veux résider, mort, moi qui ne crois pas à l'après-vie.