Watership Down

Posté par Nico dans Lire - 10 août 2019 15:02

Un roman picaresque avec des lapins...
Dix fois que je reprends l'intro de cet article... Comment dire qu'un des meilleurs livres que j'ai lus ces derniers mois est un roman animalier (les anglais se fichent parfaitement ce détail, les français lèvent un sourcil navré..), la fuite d'un groupe de lapereaux, de leur garenne d'origine, vers un eldorado, anticipant l'arrivée d'un danger pressenti ?


Watership Down est le premier phénomène de littérature jeunesse anglo-saxon, quelques vingt ans avant Harry Potter. Jamais traduit jusqu'à ce que les excellents Monsieur Toussaint Louverture décident de le faire, le hiatus s'explique peut-être par la niche que représentait jusqu'aux aventures du sorcier la littérature jeunesse, et le coût (donc le risque) que cela aurait représenté. Les ouvrages antérieurs, aussi bons fussent-ils, passèrent donc à la trappe.
L’histoire tient donc un peu du Seigneur des Anneaux, mais avec des lapins... Guidés par le plus jeune et fragile d'entre eux , qui a un don visionnaire, des jeunes sans droit selon l'organisation de leur société,    décident de quitter leur garenne à cause d'un péril indescriptible. Ils vont alors découvrir le monde très humanisé, à hauteur de museau, et affronter tous les dangers possibles : franchissements de cours d'eau, buses, renards, hommes, chiens, et mêmes les lapins d'autres garennes.
On ne lâche jamais le récit dont les péripéties nous emmènent malgré nous, même si on est tout vieux comme moi, à adorer nous cacher dans la luzerne ou nous blottir entre des racines, nous méfier du moindre bruit, craindre la pluie autant que la sécheresse, faire d'un pont, une route, une barrière, des éléments d'une civilisation incompréhensible, et espérer trouver une butte sans trop de vis-à-vis où prospérer.
L'intérêt majeure du livre, au-delà de l'aventure, réside dans son aspect ethnologique, qui est aussi son argument moral : il n'est pas de bonnes façons de vivre en société, il n'est que d'adaptation aux contingences. Les lapins de Richard Adams ont un don énorme pour l'empathie et l'adaptation. Ils nous expliquent qu'il existe autant de façon de vivre que de groupes "humains", que la force des choses, des puissances qui nous dépassent, des dangers mortels, nous soumettent et contraignent souvent les libertés et imposent le régime social, et alors, qui on est pour juger ?
Les ennemis ne sont que des camarades trop prudents, les résignés que des ignorants, et la quête des terres de Watership Down ne peut passer que par une suite de révélations, de compromis, de luttes, de ruses afin d'établir -enfin- un réel Eldorado.
La sociabilité de ces lapins est exemplaire, leur courage et leur imagination sans limite. On pense à d'autres histoires d'animaux, comme les récits de Sépulveda.
On regrette que ces aventures aient une fin et que ces lapins parviennent enfin à vivre heureux, tant on a aimé les voir cogiter pour résoudre leurs conflits.

  • Auteur : Richard ADAMS
  • Titre : Watership Down
  • Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Extrait :

"Hazel suivit son regard. Le sol dur et herbeux du vallon descendait jusqu'à cette étrange ligne d'arbres que les derniers rayons du soleil traversaient de part en part. Le renard était plus bas qu'eux, à une distance encore raisonnable. Il se trouvait quasiment sous leur vent et devait par conséquent les sentir. Pourtant, il ne semblait pas particulièrement en chasse. Il remontait la pente d'un petit trop régulier, comme un chien, en laissant traîner sa queue à la pointe blanche. Son pelage était fauve tandis que que ses oreilles e ses pattes avaient une teinte plus foncée. Même s'il n'était pas sur leur piste,  il possédait ce regard froid et malin du prédateur qui fit frissonner les lapins au milieu des églantiers. Lorsqu’il passa derrière un carré de chardons et disparut, Hazel et Fyveer retournèrent avec les autres.
"En avant, dit Hazel. Je sais que beaucoup d'entre vous n'ont jamais vu de renard, mais je ne suis pas certain que ce soit le moment d'y remédier. Allez, suivez-moi."
Il s'apprêtait à mener ses compagnons vers le sud du vallon lorsque soudain, un lapin bouscula rudement, dégagea Fyveer de son chemin et détala à découvert. Hazel,  stupéfait, s'arrêta et regarda autour de lui.
'Mais qui...?! demanda-t-il."

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