Je ne comprends que trop bien sa colère.
De toute la randonnée, il ne desserrera pas les dents. Payer pour marcher. Faire de la nature un domaine. Rentabiliser le paysage. Réifier nos pas. Faire de la randonnée un produit de consommation comme un autre, sous prétexte de service. Comment arrive-t-on à ça ?

En prétextant vouloir donner accès (mais à quoi donne-t-on réellement accès, puisqu'il faut suivre le sentier sans s'en éloigner) au plus grand nombre, on éradique le plaisir de l'errance, de l'initiative, de l'égarement, de la découverte, du risque...
Je n'avais jamais randonné en raquettes. D'où mon étonnement et mon incompréhension, de prime abord, son quasi refus de payer pour profiter des pistes de raquettes qui nous mèneraient jusqu'aux crêtes. Perso j'arrive à la guérite, et tout comme pour du ski de fond, je m’approche pour acheter mon forfait.
Lui, les cartes en main, n'en croit pas ses yeux. Ancien du CAF, il a arpenté la montagne pendant des dizaines d'années, en tout sens, toute saisons, à son rythme, selon ses chemins et avec son équipement, faisant sienne la difficulté, expert de ses cartes et de sa boussole.

La montagne qu'il connaît, où il promet de m'emmener, n'est plus accessible qu'avec un forfait. "Ça ne nous regarde pas, puisqu'on ne va pas emprunter les pistes". Mais maintenant que le chemin est damé, y compris des pistes raquettes tracées, même si nous ne les empruntons pas, il nous faut payer. Et d 'ailleurs, il est même dorénavant fortement conseillé de ne pas les quitter.

Revers de l'accès à tous, de la sur-mise-à-disposition de la montagne, elle devient payante et restreinte. On en éloigne les experts pour en offrir une portion congrue au plus grand nombre. Revers de la démocratisation. Et face à la surpopulation peu instruite de ses codes, disons-le, aux consommateurs d'hiver (j'en suis, évidemment) les restrictions, comme les prix, augmentent.
Parking, biotopes protégés, traces obligatoires, voire temps limités... On nous protège de nous-même et on bride le plaisir des 20% de riverains et de spécialistes pour permettre une popularisation sans trop de conséquences des espaces..
Voila quel aura été le débat de la semaine. Il est sans fin.

Au final, nous ne sommes pas restés sur le chemin tracé.