Dans ces salles, je ne cherche personne, je ne suis là pour personne. On ne parasite pas ce moment.
Dans ces salles, je laisse tranquillement glisser la tunique de fatigue et de peur, à mes pieds. Je la froisse, je l'oublie, si je peux, dans le coin le plus obscur.

Parfois je m'apercevrai, plusieurs jours après, que je l'y ai laissé. Quand ça arrive, c'est que la tunique était très lourde. Il fallait l'abandonner. Alors je me dis que c'était juste, il fallait vraiment être là, à ce moment-là, il fallait ce moment, pour avoir été capable d'oublier, de purger.
L'obscurité est grouillante. Nous sommes tous agités et heureux. Je n'ai jamais vu de colère, dans ces salles. Pas souvent de communion non plus. On se regarde finalement peu. On regarde par contre dans la même direction. Si je ne sais pas qui est mon voisin, je lui offre ma confiance, ma joie : il est, comme moi, tout à ce qu'il fait, et il fait la même chose que moi, tout à sa détente, à son émotion.
Dans ces salles, je me regroupe. C'est amniotique, régressif. J'attends que se fracasse l'orage, que m'emporte le son, que se déchire le placenta, qu'il m'offre, encore, chaque fois, à la puissance de la vie, aux cris, à la puanteur, aux éclats, aux pleurs, à la bousculade, à la douleur, à la force d'être, enfin, l'homme qui, crache, balbutie, se lève, titube, marche.
Naissance renouvelée. Là, j'apprends à vivre. Là, je ne tombe pas. Je grandis, je monte, j'appelle à grand cri les ondes et le tournis, l’enivrement béat, la joie comme les pleurs, la fatigue.
Là, dans l'obscurité de fait qui ne m'est que lumière, j'attends, dans tes caresses, que tes bras m'arrachent à la vie fausse qui m'occupe dehors.
Détresse.

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