Night call

Posté par Nico dans - 8 septembre 2020 09:38

"Je t'appelle pour te dire que ça ne va pas..."

Le miracle, c'est qu'il est assez tard, plus de 23h, mais que je regarde par hasard l'écran de mon portable (privé comme toujours de sonnerie et de vibreur), au moment précis où elle m'appelle.

Je vois son nom s'afficher sur l'écran, je réponds. Pas de bonsoir, pas de désolé, pas de justification. J'entends le roulis, elle est en voiture. Il me faut un moment avant de comprendre ce dont elle veut me parler, là, maintenant, urgemment, à bout portant.

I'm giving you a night call to tell you how I feel

"Je rentre sur Paris. Ça fait vingt minutes que j'écoute Night Call. Ça ne va pas du tout. Je vais partir. J'en peux plus."
En effet, la musique couvre presque sa voix. Elle me demande si je connais la chanson. Si je peux me mettre à l'unisson. Je ne pose pas de question. Je ne me souviens même pas avoir encore dit un mot. Je mets le titre en boucle, chez moi aussi. Je m'allonge sur le parquet dans le noir, je regarde les étoiles par la fenêtre de toit.

I want to drive you through the night, down the hills

"Putain... Je rentre de vacances avec les filles. Je devais les laisser à la maison et filer sur Paris dès ce soir. Il avait juste à être là pour les récupérer. Rien que ça. Putain... Je lui ai rien demandé de toutes les vacances. Je ne sais même pas ce qu'il a fait. Je lui ai envoyé quelques nouvelles chaque jour. Il n'a jamais répondu. Il n'en a rien à foutre... C'est toujours sa gueule, sa gueule, sa gueule... J'en peux plus..."

I'm gonna tell you something you don't want to hear

Elle pleure. Longtemps. Je lui dis "fais gaffe, dans ta voiture. Arrête-toi pour me parler".
"Il était même pas là ce soir. Putain... S'il le fait pas pour moi... Mais pour les filles. Pour ses filles !!! Même d'elles, il n'a rien à foutre ! Il a fallu que je réveille les parents pour leur demander de me dépanner. En pleine nuit. Tu imagines leur panique... Quel enfoiré... Au retour des vacances... C'est fini. J'en ai marre. Je le quitte. Je me casse. Je ne peux plus le porter. Je veux plus. Et tant pis si je suis une merde, si je suis la méchante. Mais je ne peux plus..."

I'm gonna show you where it's dark, but have no fear

Je lui dis quelques mots très pauvres. Que je l'aime. Je pleure avec elle. Je lui dis que les décisions que l'on prend sont toujours les bonnes. Qu'il ne pas faut regretter d'avancer. Je sais que le ciel me regarde en riant, que je suis l'immobilité même. Mais j'ai toujours aimé ça chez elle, l'explosivité de ses décisions. Je lui dis qu'elle sera évidemment plus heureuse.

There something inside you
It's hard to explain
They're talking about you boy
But you're still the same

Nos voix tremblent encore un peu, la nuit est chaude, j'essaie de porter sa peur et sa tristesse un peu plus loin dans le noir. Vers un début de confiance ? La voix sans limite de Hannah REID est un fleuve. Nous sommes à l'unisson. Nous finissons par raccrocher. Elle semble apaisée. Paris et le travail vont l'occuper. Dissiper l'amertume. Elle est tellement forte.

J'ai besoin de silence. Je commence une lente redescente. Étouffante. Surtout de ne plus entendre cette putain de chanson qui m'a désossé. Fracassé, immobile sur le bois tiède. Une sorte de rage contre moi-même. La nuit m'aspire tout entier.

Si elle connaissait ma douleur.

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