Lieux

Posté par Nico dans Voir - 7 septembre 2018 15:38

J'ai marché sur la côte, vers l'ouest, trois jours, en partant de Cherbourg. Falaises de la Hague, nez de Jobourg, réserve de Biville.
Des étapes de fous (les falaises sont les plus hautes de France après Etretat, les chemins de douaniers ne suivent jamais les courbes de niveaux), programmées naïvement comme des étapes de plaine, pour être sûr d'être à l’heure du bus qui me ramènerait à mon point de départ.
Première ampoule, faite dès les trois-quatre premiers kilomètres. Le temps de me demander pourquoi quelque chose d'inconfortable me démangeait dans ma chaussure, et me dire que je verrai ça à la prochaine pause, c'était trop tard. C’est dans les cinq derniers kilomètres du troisième jour, sur le bitume, sur les routes serpentines, que j'ai le plus souffert.
Au final, je suis retourné à mon point de départ dans la voiture de la responsable de l'Office de Tourisme. C'était bien aussi.
J'ai adoré : les gens, les prés glissant vers la mer, le petit port à la nuit tombante, les phares, les choux de mer, les galets gigantesques, la dune, la fraîcheur de l'église.

J'ai marché autour du Mont Blanc. On est nombreux à pouvoir dire ça. Marcher autour du Mont Blanc, ça vaut pour tous ceux qui grimpent dans un rayon de 100 kms autour de cette gigantesque masse. Le plus impressionnant, c'est l'effet d'écran de l'énorme chose. C'est un gigantesque miroir, une lampe, un chasseur d'ombre, un écran géant... géant. Vu des glaciers, des cascades, le ciel en grand, le vide, des échelles, des lys martagon, grimpé des arêtes infinies pour au final croiser des randonneurs imbus et bruyants, subi les "orages à 16h".
Nous avons fait la promenade modèle, celle qui pour faire oublier la difficulté propose son panel d'animations : le petit pont sur la cascade, les marmottes, les bouquetins, les échelles et câblages, les rhododendrons en fleurs, le lac d'altitude, le refuge, la vue imprenable sur le Mont Blanc, le col escarpé, les névés, les choucas et le gypaète.

J'ai marché en Vendée. Sur la plage. Pas mémorable. Juste le sentiment sympa du relais. Un jour, j'ai été le post-enfant qui emmenait pour la première fois sa copine dans la maison de famille. Aujourd'hui, je suis le vieux qui accueille les post-enfants et leurs copines.

J'ai marché en Bretagne. J'ai fait des plans de maison.
J'ai glissé dans l'eau sans me soucier de savoir si elle était chaude. J'ai marché vers les couchers de soleil, de l'aveuglement jusqu'à la pénombre. J'ai marché dans un port saturé de musique. Dans la terre, j'ai découvert des lieux que j'ignorais, des animations partout, sans fin, des forêts cachant des villages ruinés, une abbaye effondrée d'où jaillit l'art au plus vert du pays.
J'ai adoré : l'intrication dense de l'art, de la nature, et du vide. Respirer le soleil. Étouffer de lumière. Toujours, le son régulier des cloches du village et la pente qui mène au jardin. Et la phrase, comme une gifle "s'il y a une maison, hors de question que c'en soit une autre que celle dans le grenier de laquelle nous avons joué".

J'ai marché. Respiré. Quarante cinq ans que ça dure.
J'aime ça plus que tout.

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