Le Cri de la Mouche

Posté par Nico dans Ecouter - 23 janvier 2020 14:05

Ce groupe au nom improbable (il viendrait du titre ou des premières paroles d'une chanson de Polnareff) est certainement un de ceux par lesquels je me suis le plus émancipé. Il y en eut de plus marquants, mais ils étaient si identitaires qu'au final, les apprécier, c'était simplement adhérer à une chapelle. Ecouter le Cri de la Mouche, c'était vraiment faire preuve de son indépendance dans le monde de l'indé (en tout cas, c'est vraiment comme ça que je le ressentais).

J'ai tout de suite adoré le sens et l'efficacité mélodiques, le rock bravache, l'insolence et le petit côté aussi intello que nihiliste du truc. Le leader, Thomas Kuhn, (destin tragique, puisque peu après la sortie du second album, ce con qui se prend pour une mouche grimpe une façade d'immeuble parisien avant de tomber dans le vide, fin de l'histoire) est une sorte de bellâtre ingérable à la Jim Morrison (si, carrément) a un charisme qui fait adhérer la moindre étudiante au son et à l'extravagance du groupe, Tandis qu'au Rhodes, déjà, Camille Bazbaz envoie tout pour le groove et la transe, comme un Ray Manzarek à son meilleur.

Bref, les analogies avec les Doors, sont omniprésentes.

De leurs deux albums, le premier est absolument magique, pas une mesure à jeter, c'est une barre d'énergie incandescente, brute, révolutionnaire, passionnée et positive, c'est un ovni dans le paysage indé français de l'époque, où les claviers ont complètement disparu, image de la variété synthétique, entre la vague pseudo-punk qui dégénère tranquillement vers la nouvelle chanson française, de Bérus à Mano Negra et Négresses Vertes), et le rock poète maudit d'inspiration britannique (Noir Désir en tête).

Il ne faut pas s'y tromper, sous la légèreté et le côté potache insolent, il y a un lyrisme et une fragilité vibrants qui affleurent dans l'écriture ciselée de Khun. 

Pendant des années, j'ai écouté cet album enregistré sur cassette depuis un vinyle emprunté à la radio locale. Grand bien m'a pris, puisque je n'achetais pas de disques à l'époque, et que l'arrivée du CD n'a pas permis au disque de trouver une nouvelle jeunesse, il n'a jamais été converti. Même sur les plateformes vidéo aujourd'hui, difficile de trouver plus de trois titres, ou des passages du groupe à la télé (hormis le passage play-back sur le plateau d'Olivier Beccarro qui est assez anthologique).

Il m'aura fallu quelques années pour trouver enfin le vinyle, et quelques années encore pour réussir à extirper simplement les pistes en MP3. Le résultat n'est pas bon, il y a des hiatus qui ne correspondent à rien, puisque le vynile est en parfait état et que la prise de son s'est faite dans des conditions idéales, mais le résultat donne un sentiment de texte à trous.

Il est dit que ma relation à ce groupe ne pourrait être que foutraque et à l'arrache. Alors, je ne boude pas mon plaisir, maintenant que je peux hurler, avec la même passion, les paroles des Seins de ma Femme ou de C'est pas Byzance dans la voiture, en rentrant d'une bonne grosse journée de boulot de merde !!

Et rien que pour cette saine décharge, merci Le CRI !!!

"Si tout le monde veut jouer au con,
C'est que la violence est en vous, est en moi..."

"Je me fous de savoir ce que les autres pensent,
Mais toi, Vaudou-Chile, je t'aime en silence,
Et peu importent toutes les galères du monde,
Et tous les mensonges de la ville
C'est toi qu'on aime, et c'est toi qu'on oublie..."

"Si on a choisi de souffrir,
Plutôt que de vivre à moitié
C'est pour que le parfum de nos larmes
Ait celui de la li-ber-té !!!!!!!!"

illustration : Discog

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