On me regarde avec commisération quand j'évoque la chose, je ressens bien que ce que je dis est à peine compréhensible, et au demeurant, je me fous carrément de ce que peuvent penser ces collègues qui font ma sociabilité quotidienne, habités qu'ils sont par le vide et le vent.
Mais voila, j'ai, pour me développer, besoin de trois nutriments : la marche, les livres, la musique. Ils sont le fondement de ce site. Voila six mois qu'on me prive de l'un d'eux. (oui, parce que musique, pour moi, ça ne se résume pas à écouter la radio d'une oreille distraite, c'est une pratique sociale très complexe....) Et ça fait mal, putain... Alors oui, je sais, il y a plus malheureux que moi... j'entends tous les arguments. Tous. Ils sont justes, et vous avez tous raison. Et vous avez tellement tort...
N'empêche, quand tu ne peux plus regarder une vidéo de live sans sentir un chagrin immense, des tremblements convulsifs et des vagues de larmes irrépressibles affluer comme des frissons, il y a certainement au mieux, un manque cruel, au pire, une carence psycho-physiologique à combler.
Sortir le soir, régulièrement, pour ces catharsis sonores, croiser des visages qui partagent la même émotion, vider son sac de fatigue et d'agacement, se purger du stress et se fracasser la voix, laisser son corps s'imprimer son propre rythme, sortir de soi-même un instant, les yeux fermés, sans honte, dans le fracas ou l'émotion, passer un bout de nuit dans la joie, la sérénité, l'ivresse, ça me manque éperdument et fait gonfler mon sac de tristesse, de chagrin, de colère et d'impatience sans retenue. Je m'éteins, et je crois, de plus en plus, au sens premier du terme. Je crève.
Rendez-moi le larsen, les rires trop forts, la sueur. Rendez-moi ma joie, putain. Rendez-moi ma joie !