J'essuierai les larmes sur ma manche

Posté par Nico dans Ecouter - 26 novembre 2021 16:02

Je pleure peu.
Plus en vieillissant, peut-être.
J'ai pleuré de tristesse, je me suis ému de moments de grâce...

Je viens de connaître ce moment d'accomplissement où tout ce à quoi j'aspire s'aligne, comme si quelque chose voulait me signifier "tout ce que tu aimes, ce à quoi tu aspires, te fait rêver, tout cela est possible, ça arrive, ça se peut".
C'est si peu de choses, l'accomplissement, l'alignement, enfin, je ne sais pas le mot, je ne connais pas le mot, je ne l'ai pas, ce truc qui te fait tellement plaisir qu'un instant tu te dis "mais, en fait, j'ai vécu pour ça".
On est une somme de riens, et je trouve que c'est la meilleure nouvelle qu'il m'ait été donné depuis longtemps.

Nous sommes dans un bar et nous buvons un verre. Entre deux phrases, je regarde ce qui frétille sur Instagram. Sur la story d'Emile, je vois apparaître le logo de la Cigale. Je hoche la tête en me disant pour moi-même que j'aimerais tellement y être, qu'il a de la chance..."

Je m'apprête à dire, à voix haute "ha, ça y est, Emile est à La Cigale, c'est chouette ce qu'il a réussi à faire", mais je la regarde, et je ne contrôle plus rien, ma mâchoire tremble, aucun son ne sort, mes yeux s'emplissent de larmes et je suis soudain secoué et tremblant comme jamais je ne l'ai été de ma vie. Dans le bar à l'ambiance feutrée, rempli de dîneurs joyeux ou fatigués, je pleure sans pouvoir rien faire, sans retenue et sans gêne, traversé par une émotion que je n'ai jamais connue, mais qui est le sentiment le plus proche de l'absolu jamais ressenti.

Il me faudra plus de dix minutes pour me calmer, laisser passer ce tsunami émotionnel, et être capable de prononcer une phrase. Commencer à comprendre pourquoi ça me fait ça et lui expliquer. Mais elle a compris avant moi et mieux que moi.

Je savais depuis plusieurs jours qu'Emile, au culot, avant envoyé un message à la prod de Debout Sur Le Zinc, leur demandant la possibilité de shooter lors de la Release Party de leur dernier album, à la Cigale, et que le groupe avait accepté. Je savais tout ça. Et je trouvais ça incroyable, qu'il se dise que lorsqu'on a envie de quelque chose, il suffit de le demander, qu'il n'y a de facto rien d'impossible.

Mais le soir même du concert, c'est comme si des dizaines de petits fragments s'alignaient enfin pour me mettre devant le fait accompli : Cigale+DSLZ+backstage+Pigalle+boulot, le gamin décrochait simplement, avec un naturel à peine conscient de son audace, toutes les étoiles dont son père avait constitué un panthéon resté presque fantasmagorique. "T'as vu comme c'est simple, finalement ?"

Cigale+DSLZ+backstage : Ces trois éléments sont tellement liés aux trente dernières années de ma vie, mes envies, mes réalisations, mes audaces, mes découvertes, mes goûts, mon émancipation... (liste si longue), en sont à eux seuls de tels symboles, que c'en est bouleversant, et qu'il faudrait des dizaines d'articles (mais ne sont-ce pas tous les articles musicaux de ce blog qui racontent ça ?) pour en faire le tour.

Et même là, et malgré quelques semaines depuis ce concert, revoir ces images me bouleverse encore. 

Jusqu'à cette photo ou contre l'avis du tourneur, il demande aux musiciens, sortis de la scène avant les rappels, s'ils acceptent d'être shootés dos au public, avec 1500 fans qui hurlent et s’arrachent en le regardant pour être dans son objectif. Petit moment de grâce d'un invisible.

Les moments de grâce invisibles. Le kiffe de toute ma vie.

Toutes les photos sont de lui. Et pour plus encore : son site - son insta

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