Refermer un livre sans parvenir à déterminer si on vient de faire une bonne lecture ou pas, c'est comme mal jouir.
Ou rebrousser chemin à 50m du sommet.
C'est garder en son ventre et sa tête un cheval qui trépigne, une faim sourde.
Ça ne me dérange pas d'écarter un livre quand je sens que rien ne se passera.
Les livres à lire, ça ne manque pas, et j'ai un vertige impossible à calmer quand je rentre dans une librairie. Pas de temps à perdre avec ceux que je sens vides.
Mais il y a, depuis quelques mois, Ichiguro. Et après deux lectures, ardues, denses, piétinantes, chaque livre refermé, revient la même rengaine. Je ne sais pas ce qui me retient là.
C'est peut-être là, justement, tout son art. La fascination. Cet étrange regard par en-dessous du conteur qui rappelle à l’impatient "attendez encore un peu, j'y arrive..."