Ça m'avait déjà pris à un bout du monde, "point de départ". Cette fois c'est à un sommet. Une certaine émotion à toucher du doigt les points naturels de la mathématique géographique. Comme si le monde objet redevenait sujet, grâce au côté pathétique du besoin obsessionnel de localiser précisément un endroit. "Vous êtes ici".

Ça ne crée aucune connaissance en soi, ça n'apporte à un lieu, un biotope, aucune définition, aucune plus-value, aucune assurance ni protection.... Ces points trop précis sont ridicules mais essentiels à notre cartographie quotidienne, notre exploration intime, notre sécurité. Ça fait un peu penser à la place des couverts autour de l'assiette : un code, un principe, un repère inconscient, mais fondamentalement inutile...
Touchante, cependant, cette application du géomètre à creuser très précisément son trou, placer sa borne, enfoncer son clou cruciforme. Vous êtes ici. Pas nulle part, ni ailleurs. Ici.
Ça fait de nous, à notre tour et malgré nous, des sortes d'arpenteurs, des enfants de Christophe Colomb. Un peu désabusés. Un peu dépassés. Amusés. Émus peut-être aussi par l’abîme qui s'ouvre : que faire de cette information ?
