Suspirium en musique de fond d'un athlète dansant le hip-hop.
Il restera de ce dernier rendez-vous que furent les spectacles de fin d'année du collège, la pertinence des choix, qui furent autant de stimuli ravivant la mémoire ou attisant la curiosité.
Dès la première année, j'avais écrit le plaisir qu'avaient été ces instants, cela ne s'est jamais démenti depuis, j'ai toujours attendu ces fins d'années avec impatience, pas toujours sereinement, cherchant à tricher pour connaître la programmation avant l'heure, et toujours me heurtant au silence des enfants.
Suspirium, donc, de Thom Yorke. Lendemain de concert, je me plonge dans une écoute qui de fil en aiguille me redessine une carte sonore de la fin de mes études, époque correspondant de presse, premières années de vie "d'adulte", de "travailleur" (changement de relation au monde, changement de statut social), première maison à la campagne, service militaire, géographie tirant entre le canton de Sillé, Laval, Rennes, Le Mans.
Et ainsi glisse la mémoire : Thom Yorke, Radiohead, Sugar Cubes, Bjork, Jay Jay Johansson, Sigür Ros, Sonic Youth, Sylvain Chauveau, Tiersen, Tetes Raides, Shérifs, Fersen, Zézé Mago, Rodolphe Burger, Dominique A, et tout le tissu des usiques traditionnelles, de l'Irlande à la vallée de l'Indus, cabrette auvergnate, vielle grenobloise, gaïta galicienne, oud marocain, tambour persan, chants guturaux mongoliens...
Le monde semble avoir tellement réussi la dialectique de l'élargissement et de l’interconnexion à ce moment-là, avoir pris consistance et densité, des milliers d'aiguilles et de vibrations m'accompagnent encore et, se rappelant d'elles-mêmes, recomposent le paysage émouvant du papa bredouillant qui apprenait ce que vivre pouvait avoir de douloureux et d'immense.