ou : une pierre à l'éternel débat sur faire, défaire, refaire, finir.
Question inhérente aux Monuments Historiques, l'enjeu de la restauration est éthique : conserver, est-ce finir une oeuvre, la protéger dans son état originel (souvent le cas des ruines romaines, par exemple), la reconstruire dans son état originel 'Notre Dame), la finir (Sagrada Familia), la transformer et l'adapter : c’est le cas de la nouvelle Comédie de Clermont.
Un monument arrête-t-il d'évoluer ? En gros, quand devient-il monument ? On ne se pose pas la question pour une peinture (Kokoschka qui revient au musée de Vienne retoucher son œuvre est une incongruité) ou une œuvre littéraire. Pour l'architecture, on se dit que l'on peut adapter. Le souci vient essentiellement parce que ce sont des lieux, et que l'on vit dedans, qu'on en fait usage quotidien, et que les besoins du quotidien, ben ça évolue... évident. A ce titre, l'archi serait donc l'art le plus durablement vivant ?
C'est encore plus vrai pour les lieux de culte, notamment les églises d'avant 1905, qui cumulent leur rôle public et "privé".
Encore plus vrai pour les constructions contemporaines "populaires". On ne va pas araser la Villa Savoye, mais l'ancienne gare routière de Clermont, du "petit" (en tout cas provincial) architecte Valentin Vigneron, on se pose moins la question. Avec le brutalisme, si la question patrimoniale émerge actuellement, l'abattage est immense.
A Clermont, l’ancienne construction semble avoir été heureusement gardée, et le défi audacieux qui consiste à juxtaposer existant et nouveauté parait efficace (en France, c'est toujours un défi, on a ce périmètre de protection qui fossilise bien des chantiers, l'innovation, et l'adaptation des centre-ville).
Il ne me manque qu'une chose, à Clermont : citer le premier archi au casting. Non, l'actuelle Comédie n'est pas une œuvre hors-sol de l’architecte portugais Eduardo Souto de Moura. On lui reconnaîtra son sens de l'intégration, son audace, son harmonie. Mais sa réussite tient également au ré-emploi qui est fait de l'existant : l'ancienne gare routière. Merci Eduardo Souto de Moura. Mais merci aussi Valentin Vigneron.
(Alors pourquoi je parle de ce bâtiment en particulier ? Parce que j'ai dormi dans une des réalisations (en cours d'aménagement, ça donnait un côté exploratoire au séjour) de cet architecte l'hiver dernier, avec ses petits V et V inversés sur les façades, à Egliseneuve d'Entraygues)

