Consommateur

Posté par Nico dans Ecouter - 7 décembre 2020 11:45

Premier bon signe. Quelques frissons parviennent encore à secouer le fœtus qu'on croyait pourrissant.

Ce n'est pas encore le signe que la machine est réparée, je sais ne pas être capable d'avancer, de réfléchir, de faire. Mais au moins, de la lumière traverse le paravent et fait trembler la peau. C'est aussi douloureux que réjouissant.

Je consomme les émotions des autres. Et j'en fais des larmes. Mais celles-là sont les miennes (pas les émotions, les larmes). Ce ne sont plus celles qui suintaient âprement de la pierre, quand regarder la moindre vidéo de concert me mettait au supplice. Plus chaudes, plus vives. De la beauté qui s'écoule. La mort refoulée.

Il y a des fréquences dans les mots, le piano préparé et la voix de Ryan Lott et ses copains qui me mettent sur orbite.

Can’t promise I’ll be near you
All the way up through the end
You believe me now don’t you?
These are not our hours to promise
Borrowed hands, borrowed eyes
And whose light is this that pours through them into us?

Felt your shadow at my bedside
I mistook you for a dream
Borrowed arms, borrowed ears
Whose sounds are these, and oh
Hear them howling out from us

Am I leaving you in the morning my dear?

I’m leaving you the warning, my dear

Comment ne pas réagir à cette onde gravitationnelle, cette résonance native ? Vibrations, effleurements, nuances, grondements, lamentations, constellations, silences, fragilité, danse, lenteur, et une pluie de perles en toute fin de morceau, alors qu'on croyait à l'épuisement et la résignation. Encore une merveille d'inspiration servie par un regard désintéressé, un amour éperdu de l'autre, un souci de douceur, une vertu qui panse, une volonté de nous délester du manteau de douleur dont on s'est soi-même affligé.

Il en faut de la compassion, il en faut du talent. Il faut être le soleil, il faut être la lune. Le vent, la pluie. Un spectre. Avoir vu le début, l'origine, avoir vu l'instant. Il faut des bras immenses. La musique a ces bras. Son Lux les déploie. Je m'y réfugie et dévore ce qu'il me donne. Je prends. Je consomme. Besoin de tant de matériau. J'ai une tour à rebâtir.

Tags : 2020