Brouillard

Posté par Nico dans Voir - 14 février 2018 17:39

Voila où mènent les chaud-froid..

A quitter de si vieilles amours et vivre des antagonismes.

Je t'aimais depuis 1987. J'aimais ta rigueur, des atermoiements, tes approximations, tes hésitations, tes balbutiements. Tu étais l'aînée, il te revenait de montrer la voie. J'étais puceau, aventureux, tu me faisais rêver. J'adorais tes promesses et tes histoires. Tu as occupé très vite mes journées et mes nuits.

Je crois pouvoir dire qu'en toutes ces années, il n'y a probablement pas 10 jours où je n'ai pas cherché tes ondes. Chaque matin, au réveil, chaque soir au coucher, à l'étranger, sous la tente, souvent, accompagnant l'insomnie..

Collégien, c'est Vincent qui avait favorisé notre rencontre. Il était 17h39, nous voulions un résultat sportif, il me dit, c'est pile l'heure. Il allume, nous avons le résultat. Ce jour où j'ai compris que les infos étaient ainsi à portée de main, de montre, et qu'elles étaient d'une variété infinie, quelque chose s'est ouvert en moi. J'ai tout aimé, jusqu'à faire partie de tes équipes journalistes. Je les connaissais, je les attendais, ils me divertissaient, ils m'enseignaient, ils m'informaient.

Aujourd'hui je me souviens encore de Yolaine de la Bigne et son Epoque épique, des chroniques sur la recherche et les propositions d 'emplois,  les journaux francophones qui habitaient tes nuits (un régal, surement une des meilleures idées pour éviter de circonscrire le monde à notre seul regard nombriliste français). Je me souviens des fous rires de journalistes fatigués en pleine nuit, incapables de dire les cinq annonces de leur brève prise de parole... Je me souviens d'entrer en cours d'allemand sur l'annonce des premiers bombardements sur l'Irak. J'ai tellement frémis à l'héroïsme des grands reporters... tellement à dire...

30 ans. De ta naissance jusqu'à ce jour de fièvre. Ce jour en trop.

Chère France info, chère adorée, vieille compagne, je te quitte, oui, et c'est très difficile à dire. Encore plus à faire. Mais ce que j'entends aujourd'hui sur tes ondes me soulève le cœur et alimente de la colère. Je ne vais pas me réveiller tous les matins de mauvaise humeur, non plus ? Car c’est bien ce qui se passe avec cette nouvelle équipe matinale à vomir, qui n’est gonflée qu'à l'air du temps, et va chercher dans la fange des émotions et non plus des informations, préférant gratter des croûtes épidermiques, se complaire dans le superficiel, charmer l'instinct stupide, plutôt que de souscrire à l'analyse et l'investigation.

Mais il n'y a pas qu'eux. Si ces imbéciles sont le coup de grâce, depuis quelques années, mon départ était en suspend.

Ça a commencé avec l'arrivée du "Tout info" sur la télé. Il t'a fallu suivre, il t'a fallu créer, inventer,  de l'info. Et ce mot a brutalement changé de nature. Tu as commencé à envoyer des journalistes dans les gradins des stades de foot, demander leur avis et leur analyse aux moindres supporter. Tu enregistrais de la vacuité, du vide, du vent, du rien, pire, tu les diffusais, et tu t'y es complu.

Puis ces dernières années, enfin, notre relation s'est effondrée, avec l'apparition des "débats", de fin de journée.

J'arrivais à éviter ces "tables rondes" de politiques ou de simples invités, de spécialistes de l'entre-soi qui vocifèrent leur avis, avec morgue et insolence ; mais pas leur rediffusion continuelle, la nuit, et leur brouhaha m'électrise au cœur de l'obscurité. C'est insupportable ce chahut de salle de classe dont il ne ressort rien. Quel est l'intérêt d'une heure de bruit inaudible, et pour les participants, et pour les organisateurs ? On dirait que rien n'est sous contrôle et que chacun s'y complaît. C'est parfaitement méprisant pour l'auditeur...

30 ans, tu te rends compte ?

Sans toi, je suis en pleine errance, je dois te l'avouer (parce que je ne suis pas forcément prêt pour l'émission de la nuit dernière sur le microbiot vaginal, même avec 39 de fièvre...). Mais je ne veux plus y revenir. C'est la nuit que le mal est le plus fort. Par quoi remplacer ton murmure disparu ? Je ne sais pas encore. Je me lève, je prends un livre. Je le repose. J'attends que la fièvre retombe, je frissonne à m'en paralyser les membres, les yeux grands ouverts..

Antagonismes

Dans le brouillard de ma grippe, dans ce corps passé à tabac, je vis d’autres expériences hilarantes. La fièvre amène de ces situations... Vautré devant des jeux olympiques, je savoure cette improbable situation "match de hockey-symphonie concertante", ou "plan vide de compétition annulée pour cause de tempête de neige-La fille aux cheveux de lin"

Et j'ai même regardé du curling et de la luge...

Il y a bel et bien des moments où on ne s'appartient plus.

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