Christophe est mort. Et, comment dire, j'en ai presque rien à foutre. Mais, presque. Parce que ça ressuscite deux-trois choses quand-même.

D'abord le souvenir de l'ado qu prenait le bus matin, midi et soir pour aller et revenir du lycée, avec son walkman sur les oreilles. Ce qu'il y a à savoir, c’est qu'écouter des cassettes est très énergivore. Donc, lorsque le tempo ralentissait, ça signifiait que c'était presque mort pour écouter un album mal piraté sur toute la durée du trajet. La solution ? Écouter la radio, bien moins consommatrice.
Christophe, évidemment, c'était un nom qui évoquait de vagues choses, plutôt ringardes. Mais ce jour-là, dans le bus, alors que j'étais en pleine période "je n'écoute que des trucs avec des paroles en français", je me suis pris les mots bleus bien dans la tronche. Par contre, me connaissant, par la suite, j'ai dû tenter d'emprunter tout un album à la médiathèque, et si je n'ai pas plus de souvenir de Christophe que ça aujourd'hui, c'est que le reste de ce que j'ai entendu ne m'a pas convaincu...
Je me souviens de l'emballement, quelques années plus tard, des médias bobos pour Bevillacqua. J'ai à nouveau tenté d'écouter. Ça n'a pas mieux marché. Mais je commençais à comprendre que chez Christophe, ce qui est intéressant, ce n'est pas ce qu'il chante, très probablement.
Puis il y a eu 2001, et dans la fatigue d'un retour nocturne de Bourges vers notre logement de vendangeurs à Sancerre, avec Benoit, nous avons entendu, écouté, dans le creux de notre nuit, de la tristesse et du silence de notre annus horribilis, la voix de Christophe qui parlait de son, de cocktails, de la nuit. Nos corps devaient être cassés, nos têtes l'étaient aussi, mais je garde un souvenir magique de la voix de Christophe et de ses propos tellement loin de tout formatage. Il nous a, le temps de la demie heure qu'a duré le voyage, enlevé à nous-même. Il était... intéressant, tout bêtement, parce que son regard était celui d'un mec vivant, sans passion, juste connecté avec un magnifique cosmos.

C'est tout.
Et je nous épargnerai le clip des mots bleus.
illustrations:
- cocktail by Sara Cervera on Unsplash
- Sancerre