Polygones de dessiccation

Posté par Nico dans Lire - 12 août 2019 17:59

"Ils s’étaient soudain rendu compte que le temps avait désagrégé leur passé, alors que durant leur enfance et leurs années de jeunesse, ils l’avaient considéré comme un ensemble compact et bien cimenté. Tout s’était dissocié, rien ne manquait de ce qui leur était arrivé jusqu’à ce jour et pourtant, ce n’était plus la même chose. L’espace avait été divisé en lieux, le temps en moments, les événements en épisodes et les habitants de la rue Katalin comprirent enfin que de tout ce qui avait constitué leur vie, seuls quelques lieux, quelques moments, quelques épisodes comptaient vraiment, le reste ne servait qu’à combler les vides de leur fragile existence, comme les copeaux dans une caisse préparée pour un long voyage empêchent le contenu de se briser."
Magda SZABO, Rue Katalin, ed. Viviane Hamy

J'aime l'idée du découpage nécessaire de l'homogénéité pour conserver la mémoire.
Comme la terre qui sèche craquelle. Comment réhydrater la mémoire qui s’assèche ?

j'aime aussi l'idée des fragments, qui composent un tout, qui composent un homme. Un individu est une somme de fragments. Isolément, ils sont peu de chose, ensemble ils forment son identité.

Visitant le festival des jardins de Chaumont, le paradis étant le thème de l'année, j'ai aimé un jardin prenant pour paradis le nid de la pie, notre identité  formée dans ce ce lieu clos de l’accumulation de trésors.

Je pense aussi au MP3, toutes ces petites briques de son qui ne reconstituent pas le flux original, et le trahissent obligatoirement, même si d'apparence, elles semblent suffire.

J'aime l'aridité qui fragmente l'histoire et lui permet d'être écrite et réécrite. J'aime les interstices qu'elle permet. J'aime les couleurs, la patine, et la vacuité des paysages qui nous parviennent. Nous n'avons aucune prise sur la géologie dont nous héritons. Pas plus que sur 'histoire qui s'est faite avant nous.

photo des polygones de dessiccation du site archéologique du col d'Emosson, dans les Alpes Suisses.

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