Aporie

Posté par Nico dans Ecouter - 13 avril 2020 12:01

A franchement parler, je n'ai rien à en dire. Ce disque me laisse froid. Mais ce n'est pas un problème, en fait.

La première fois que j'ai entendu parler d'aporie, c'était dans le bureau de ma responsable de mémoire. Ce jour là, elle m'avait d'ailleurs expliqué précisément le sens des mots herméneutique, dialectique et aporie. Il faut dire que j'étais très loin d'avoir fait le tour de mon sujet adornien, que j'avais même bien du mal à savoir par quel bout le prendre, par quel angle attaquer ma dialectique. D'où une nécessaire herméneutique, critique de préférence, pour déceler une éventuelle aporie dans le concept de fétichisme musical chez Adorno.

Aporia est donc la dernière livraison de Sufjan Stevens. Certains diront qu'il fait suite à Carrie & Lowell, qui est un des monuments musicaux de cette dernière décennie. Et qu'il s'en éloigne, qu'il prend le contre-pied, qu'il surprend... On en fait une nouvelle merveille...

Sans aller jusqu'à dire que je ne lui trouve aucun intérêt, je ne parlerai pas de surprise ni de merveille. Mais je ne ferai pas le mec blasé non plus, ce serait trop facile. Mais c'est vrai qu'à l'écoute d'Aporia, on se dit que Stevens ne pouvait pas faire autre chose, que c'est l'album logique. Un peu comme en théorie quantique quand une mesure révèle la présence évidente d'un particule quelque part, alors que cette particule aurait pu être détectée partout ailleurs, mais ne le sera plus nulle part désormais... Mais bon, là, ça devient peut-être un peu abscons...

Bref, il aurait été difficile de prévoir ce que l'artiste pouvait faire, mais l'écoute de cet album devient finalement évident. Parce que ce n'est pas le successeur de Carrie & Lowell, mais celui de Planetarium, ou encore la B.O. de Call Me By Your Name, qui sont autant de jalons, de marches vers cette nouvelle pièce.

Aporia n'a pas besoin de nos avis. Est-il bon, mauvais, moyen ? Il éclate comme un élément d'une œuvre qui nous dépasse. Parce que Stevens, c'est un peu Dieu, je te le redis, et je le crois encore, et je le sais encore. C'est un artiste : il ne fait pas des albums, mais bâtit avec une grande homogénéité un paysage sonore sur le long terme. Aporia est là, et rien d'autre ne pouvait être là à sa place. C'est un "moment", juste et suffisant, qui dépasse de loin le simple plaisir musical.

Personnellement, cependant, et en guise d'analyse que me permettent mes toutes petites émotions, je trouve que Stevens nous livre un carton rempli de matière, un peu comme un DJ donnerait un lot de samples. Un carton rempli de mille petits trésors, parce que chez lui, tout est beau, mais avec lequel tout reste à faire. De là, attitude bicéphale, mêlant conjointement frustration et enthousiasme : que peut-on faire de toutes ces choses là ?

C'est pas mal aussi de laisser des points d'interrogation, parfois.

L'aporia est aussi un papillon. Blanc. Ou presque.

Illustrations:
album : site du label de Stevens, Asthmatic Kitty
Stevens : photo de Denny Renshaw pour Rolling Stones
Papillon : Simon Eugster sur Wikipedia

Tags : 2020