Les Carnets du Grand Chemin

Garder le rythme

Une évidence. Un nom. Un phénomène. Un dieu vivant.
Les images. La posture. La disposition des fûts. la façon de le filmer. Confirmation. Matt Chamberlain est la clé.

Durant ce spectacle où huit chanteurs et musiciens racontent la claque musicale qui les accompagne encore, je fus d'abord enchanté d'écouter des voix qui ressemblaient à la mienne, la rencontre, l'importance du son, les références, l'accompagnement, la recherche d'une fraternité/sororité avec d'autres animaux tels que nous, cette patience inépuisable qui écoute sans lassitude des vies pas toujours bouleversantes raconter l'importance du son, d'un son en particulier, avec lequel on va cheminer, un marqueur de vie, une flamme qu'on chérit, qu'on partage, qu'on entretient, qu'on rallume si besoin. La musique [...]


photo Naissance

Naissance

Qu'il est parfois difficile d'accoucher, surtout le mois de la "renaissance"... Je m'essaie à trois articles différents pour évoquer le mois de mars, définitivement particulier. Les odeurs, les souvenirs, l'enthousiasme... Rien n'y fait, mars m'échappe.

Pourtant tout en toi me plaît.

Alors voila, mars, en un mot comme en cent, n'attendons pas le printemps, faisons l'amour partout !


photo Rond

Rond

Tu gouttes le plat que tu nous a préparé avec autant d'attention que de plaisir pour nous apprendre que ne pas manger de viande, ça ne veut pas dire se priver. Tu dis "j'aime le garam masala parce que son goût est rond". L'image qui me vient est évidente. Elle convient aussi parfaitement aux ingrédients, dont les pois chiches, qui le constituent. Mais ici, le piment a hérissé quelques pointes sur la rondeur du goût.

Rond.

Je repense à l'annonce qu'elle m'avait faite de sa grossesse : "c'est un garçon et nous lui avons trouvé un prénom rond".

Assez peu déterminable, créer une analogie entre une chose et la rondeur est malgré tout puissamment évocateur.

Je pense encore au petit garçon que j'aidais à faire un dessin : "là, on pourrait faire un rond". "Papa, on dit un cercle, c’est les petits bébés qui disent rond". C'est carré !

Petit titre d'un album dans le thème :


photo Tombé du ciel

Tombé du ciel

Jours de deuil et de mémoire, archives, anecdotes, souvenirs, photos jaunies, tenues improbables, lieux fédérateurs. Visages ressuscitant la mémoire, gestes, mots, odeurs, animaux, dates, enfance, émois...

Nous nous connaissions sans nous connaître, grâce à d'autres en commun nous nous étions déjà croisé, parlé. Nous savons bien qu'avant d’être famille, nous avons été, enfants, -sans quasiment nous connaître, sans nous revoir- des mêmes vacances, skis aux pieds, dans une colonie désaffectée, enfants dans un groupe d'amis cooptés.

Aujourd'hui, toi qui en écoutes si peu, tu me dis : "avec le temps m'est revenu le souvenir de ta sœur, et surtout de ce qu'elle écoutait : Higelin et Chris de Burgh".

Ce souvenir ne peut pas être reconstitué. Ma sœur est assez secrète sur ses goûts musicaux, assez éclectique, aucun fondamentaux, sinon Daho. Et en me disant De Burgh et Higelin, cela me renvoie à des souvenirs et des moments précis de mon enfance, des cassettes, des radios, des attitudes, des chansons, des danses. Même la couleur d'une moquette.

Et toi, tu fais revivre tout cela. Des noms, des notes, des souvenirs qui soudain prennent corps. La musique porte en elle des fantômes qu'un nom, comme une formule de sorcellerie, fait sortir de la tombe.


Anecdote

La seule partition dont je sache jouer la main droite


photo Au milieu du chemin

Au milieu du chemin

Quelle était cette vie que je menais ? Quel genre d'homme étais-je devenu ? C'était ma faute et non celle des autres. Je me lassais des gens. Je renonçais et je disparaissais. Je ne gardais personne. Tous abîmés. Sauf les chiens. Complets comme des pierres, ceux-là. Les chiens étaient la seule prison dans laquelle je voulais vivre.
J'avais besoin d'une autre vie pour laver celle-ci.J'avais besoin de nombreuses vies successives pour laver la prochaine, jusqu'à ce que je devienne un monolithe recevant l'offrande du soleil et celle du gel avec la même passivité. Ou un arbre accroché à la terre par de longues racines communicantes. Un langage universel que nous ne connaissons pas encore. Nous, les imparfaits. Nous, les attardés de la perfection.

Isabela FIGUEIREDO
Un chien au milieu du chemin
Ed. Chandeigne, 2025

Des images surprenantes, des comparaisons audacieuses, des personnages instables et mal-assumés, une moralité acide et intransigeante. Un livre OVNI dont on se demande s'il a une direction. Dont on se réjouit qu'il n'en ai pas. Un malaise durable et rétroactif. Une liberté mal nommée et intenable. Un monde qu'on prend l'apparence de rejeter mais sur lequel on n'a pas de prise. Des vies qu'on a fait semblant de choisir. L'opportunité de s'en délester.