Cette année, ce sera sud-ouest. Direction pays basque. Et ôtez-moi ce béret qui me révulse ! Je ne vais pas en bord de mer, je ne veux pas de maisons à colombages, ni de chemin de Compostelle, de piment d'Espelette ou d'Irouleguy. On partira grimper, évidemment, dans des coins pépères, dans un gîte fabuleusement exposé tout accroché à sa montagne verte. Non, ce ne seront pas les Pyrénées à plus de 2000 mètres (première découverte), mais quelque chose qui devrait ressembler à un mix savant entre de la montagne jeune pour la déclivité, et vieille pour sa hauteur très mesurée (à priori, ça ne dépassera pas les 1800 m). Reste à espérer qu'il fasse beau car on dit le mois d'août copieusement arrosé (autre préjugé, je pensais que la région était extrêmement sèche).
En attendant, reprise plus régulière de la course au milieu des champs de marguerites (on n'est quand même bien, là). Le but étant d’être déjà bien affuté pour mon petit RDV avec le massif central en juillet, déjà.
Je n'attends plus la floraison que de deux de la soixantaine de rosiers du jardin. Voici plus de vingt années, donc, que je plante ces arbustes, en variants couleurs et formes, précocité, port, exposition... Je me souviens parfaitement dire "mes rosiers de juin" en parlant des plus tardifs, mais je sais aussi que rares étaient ceux qui fleurissaient en avril, encore plus ceux qui passaient l'hiver en fleur sans s'épuiser, hormis les chinensis.
Cette année, deux seulement n'ont pas encore fleuri : la liane Kew Rambler et le tapissant quasi albinos Wichuraïana Variegata (mais il est encore en cours d'acclimatation) puisque le grimpant Mon Jardin Ma Maison, pourtant jamais pressé, nous a offert ses premières fleurs ce matin.
Ce matin il fait froid. Les saints de glace et leur suite. Tant mieux. S'il ne pleut pas trop, ce léger rafraîchissement permettra de faire durer les roses. Les petites ouvrières, elles, maltraitées par ce printemps impossible à suivre et ce coupe de froid himalayen pour leur petite biologie interne, trouvent refuge par dizaines dans les gros choux rose vif du généreux Pink Cloud. Elles retourneront à la ruche après le dégel...
Bon, allez, j'ai un peu fait le fier, le malin, le trop sûr, il y a quelques semaines.
Mars m'a bien tabassé la gueule sa mère.
Avril aussi.
On va tenter un mai vraiment apaisé. Le printemps, le vrai.
Paske là, j'ai quand même vraiment mal partout sans rire.
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Dès que les premières fleurs apparaissent au mois de mars, je recommence chaque année une routine quotidienne faite de tours de jardin au moins bi-quotidiens à la recherche des fleurs apparues le jour même. C’est frénétique, quasi maniaque. Tulipes, premières roses, premières feuilles dans les arbres... La transformation de la haie est aussi passionnante, parce que chaque année, je la taillerai en pensant à ce que j'ai remarqué l'année précédente. Les arbustes ont fini de nourrir de leurs fruits fripés ou blets les oiseaux au sortir de l'hiver, oiseaux qui nous précèdent ou nous fuient à travers les ramures basses et emmêlées. On découvre des nids. Noisetier, épine noire, lilas, cytise et enfin aubépine.
La fleur de l'aubépine me rappelle une bague de grand-mère, petit bijou de peu de valeur (marchande) fait de cinq pétales de cuivre dorés au cœur duquel brille un petit éclat de pierre.
L'aubépine est surtout depuis l'adolescence la fleur de mon printemps. Avant que le quartier pavillonnaire ne se construise, la route qui passait devant chez mes parents était rurale, ligne sans marque au sol, bordée de fossés. En face de ma chambre se dressait un champ où paissaient trois ânes, un champ bordé, d'une haute et longue haie d'aubépines qui exhalait pendant quelques semaines, quand les soirées devenues longues et chaudes permettaient de garder les fenêtres ouvertes, leur parfum complexe, acre et sec, de suint et de foin.
C’est assis à cheval sur le montant de ma fenêtre que j'ai lu jusqu'à la nuit Salammbô, de Flaubert, courant après elle dans les jardins d'Hamilcar, rêvant de bataille, de prestige et de sensualité, dans l'étrange et puissant parfum du printemps.
Aubépine est l'odeur du blanc. Blanc est la couleur de Salammbô.
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Ligne droite vers la mer. Plateau surplombant cette surface toujours furieuse. L’extrême ouest de la Bretagne m'essouffle et me fracasse, toujours bruyant, toujours agité. Pas de repos sur ces terres. Pas de contemplation sans le silence, pour ma part. Perspective d'une beauté et d'une intensité rare. Bordant le sentier, des touffes de bourrache dont je cueille quelques fleurs, au goût de concombre amer et de violette.
J'avance avec ce goût résiduel dans la bouche. La bourrache a le goût du bleu.![]()
Photo de Julietta Watsonsur Unsplash