Une ligne. Mais pas droite. Pleine d'étincelles. Le spectrogramme, c'est un encodage de l'invisible pour nous en permettre l'appréhension, voire la domestication.
J'ai pris cette photo et l'évidence était là : c'est un spectrogramme. Le spectrogramme du monde ouaté de givre.

Alors d'autres spectrogrammes me sont revenus. Cette année 2016 fut riche de spectrogrammes. Ceux de l'expo du CNAM, de ces œuvres qui cherchent à plastifier le son, le matérialiser, le "chosifier bellement" (la production restant artistique, doit-on considérer qu'il n'y a rien à voir avec une tentative d'objectivation musicale ?)...
eRikm : Staccato, 2003
Parmi ces oeuvres, il y a celle de Kowalski, que j'ai ensuite utilisé comme bandeau à mon test d'outil de frise chronologique.
Sans savoir que ce "test" serait un spectrogramme émotionnel à lui tout seul, une ligne de vie musicale de ces six derniers mois, où les pièces sont posées là comme dans un panthéon comme pour que l'émotion qui les a fait advenir continue de brûler un peu.
Et puis il y a eu aussi les premiers spectrogrammes des players Soundcloud, pour des raisons de formation professionnelle. Jamais je ne m'étais essayé à la captation de mes pas, sur les galets, sur le silex, gageons qu'il peut encore y en avoir une infinité. Par contre, j'ai toujours aimé visualiser ces spectrogrammes bâtons, courbes, évolutifs ou statiques, colorés, parfois psychédéliques ou parfaitement incompréhensibles, qui essayent de donner vainement à voir la musique.
Et tous ont à voir avec la marche. Objectifs ou expériences de promenades, de visites, souvenir sonore de déambulation, accompagnement plus global de la marche de l'année...
Durant tout ce temps, m'accompagnant, ils donnaient corps à du vivant qui ne se montre pas.
J'ai habillé des fantômes.