Ce qui surprend, au début, c’est le silence.
Qui connaît vraiment le silence ?
Par principe, il n'existe pas. Il est trop lié au vide, et, comme on dit, "la nature ayant horreur du vide..."
Le vide lui-même, le vrai vide, pas l'absence, l'oubli, le creux, toute forme de ce qu'on pourrait résumer par une non-présence habituelle, le vide, lui, est lié à la mort. C'est son corollaire.

S'il y a vie, il n'y a pas de vide. Il n'y a donc pas de silence. Sophisme.
Mais sophisme réjouissant.
Celui-là, il évite de pleurer. Il nous permet de calmer quelques unes de nos peurs d'enfants.
Ce qui surprend, là, c'est donc le silence. Avec ce que j'ai dit précédemment, je peux difficilement parler de silence absolu, évidemment, c'est un silence plein de vie, c’est même l'expérience la plus puissante qui soit donnée de vivre, peut-être. Mais on est là, et on est saisi par le rien. L'absence. Attention, l'absence ici n'est pas un manque.
Contemplation. Pas de distraction.
C'est l’expérience de la hauteur, pas le col, le sommet. C'est l'expérience de la profondeur.
Chaque fois, l'oreille souffre. Le tympan oppressé. On penserait que ce sont les yeux, alors, qui s'ouvrent.
Contemplation. Oui, je l'ai déjà dit. Mais comment qualifier autrement ce regard neuf porté sur l'alentour ?
Contemplation. Comme le moinillon. Une joie benoîte. Toute tournée vers le paysage sujet. Un rapport changé au monde. Oui, je puis l'assurer, un regard de sujet à sujet : j'accepte de me perdre, je me donne à ce que je vois. Il n'est plus à moi, mais moi à lui.
Je vous fais rire.
C'est bien naturel. J'ai ri aussi. Parfois. Parce que c’est absurde, souvent, à raconter. Et que c'est très déstabilisant.
Mais je vous assure (que d'assurance, me direz-vous, et vous avez raison) que le silence est un paysage auquel on s’accommode patiemment.
Vous vous rappellerez ? Tout là-haut. Ou tout en bas.
Une pureté à vous couper le souffle.