Le livre comme principe de science. Comme média, comme fantasme, comme source ou comme icône du savoir.
Construire des temples pour le livre. Vieux fantasme, vieille lubie, éternel besoin d'égotisme, de faux savoir (est faux celui qu'on voudrait pour soi-même).
Les palais, les musées, sont très (excessivement ?) beaux. Ils sont labyrinthiques, ressemblent aux prisons de Piranèse, leur plan et leur décor recèlent des clés cabalistiques infinies...

Ils sont terrifiants.
La bibliothèque, avec le temps, acquiert une forme particulière, adaptée, pour ranger ce qui est devenu, à l'usage, et pour des raisons pratiques surement, un objet rectangulaire d'un format approximativement de 20x15cm. Elle n'est pas une fin, le livre non plus.
Le fantasme du lieu de savoir entraîne une dérive : idolâtrer le livre. En faire un lieu (le livre comme lieu) où se pratique une religion d'initiés (ceux qui savent lire, ou mieux encore, ceux qui comprennent ce qu'ils lisent).

Les apôtres de la bibliothèque idéale recherchent l'édification et la crainte, ils veulent des arènes de sidération, laboratoires de dissections, comme les anciens théâtres anatomiques.
La bibliothèque idéale, fantasmée, est un mausolée. Des livres, du savoir, morts dans la maison des morts.

La lecture est un plaisir solaire. Apprendre est une vibration. C’est du vivant. Je ne comprends pas le goût pour ces souricières.
Lire demande à s'isoler, c'est vrai. Du temps, du bruit, du mouvement. C’est se mettre au bord de la vie pour mieux l'appréhender. Mais il est indispensable, dans un geste initial, de sortir du tombeau. C'est une fois conscient de la vie dehors, sorti de la grotte (endroit sans lumière, donc sans lecture possible) que le goût du lire, du temps passé allongé ou assis (perdu, en somme) à découvrir, jaillit et se fait jouissance.

Il ne faut pas que les "lieux du livre" soient si imposants qu'ils nous soumettent ou nous refoulent. Sinon, on biaise, avant même de commencer notre apprentissage, notre relation à la connaissance. Elle n'aura plus rien d'émancipateur, elle chassera la curiosité, la libre initiative. Elle ne sera plus que la récompense de celui qui a vaincu. Mais nous ne sommes pas des chevaliers (ou des couards) devant le dragon. Nous sommes le vent courant sur la montagne.
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Et c'est justement parce qu'on s'imagine qu'il faut se plonger dans le noir pour aller chercher la parole écrite que cette dernière fera peur.
Dans Le palais des archives, Isabelle Van WELDEN évoque une civilisation avancée qui a enfermé tous ses livres et continue d'enfermer toutes ses questions au fil de leur apparition, jusqu'à l'effondrement. C'est du BORGES, une absurdité savante, aussi délicieuse qu'effarante, dans sa méthode et son aliénation. Car c'est quand le mur est fracassé et la muraille tombée que la lumière s'installe dans le tunnel. Le héros perd l'équilibre. L'Histoire lui explose au visage. Elle a passé sans lui. Mais dorénavant, il avance.