Ce magasin est intéressant à plus d'un titre. A la périphérie de la ville pendant des années, sur la route qui mène à Tours, il a préfiguré ce qui est aujourd'hui la zone commerciale Sud du Mans, dès 1979, sur un emplacement particulier de la ville, puisqu'il longe la célèbre ligne droite des Hunaudières du circuit des 24h.

Le bâtiment est entièrement en béton, et avec ses airs futuristes donnés par l'abus des diagonales et des pans coupés, ses massifs porte-à-faux en modules de béton préformés, il est déjà assez rétrograde pour l'époque, puisque les zones commerciales ont vite renoncé aux centres commerciaux et parkings aériens en béton pour des modulaires en acier. Il s'agissait d'une proposition faite par la franchise Mobilier de France, et une dizaine de ces structures a ainsi vu le jour à l'aube des années 80 (si quelqu'un peut me rappeler le cabinet d'archi choisi, je suis preneur, car le propriétaire, M. Courtin, me l'a bien dit mais j'ai fait trop confiance à ma mémoire...)
Le magasin est construit sur trois niveaux, le premier niveau d'exposition étant légèrement surélevé par rapport au sol pour permettre une reprise de déclivité et plus de confort sur les quais de déchargement. Tout est bâti sur des piliers de fonte répartis tous les quatre mètres, plongeant à plus de quinze mètres dans le sol pour y trouver la stabilité nécessaire, sur lesquels sont posés des traverses de béton posées sur pilettes de briques (pour l'insonorisation, la dilatation et le mouvement naturel des matériaux.)
A l'intérieur, l’espacement des piliers permet par un jeu de cloisons mobiles d'agencer des espaces d'exposition de 4x4m et d'adapter la circulation dans le magasin (Ikea n'a rien inventé). Les modules saillants de l'étage, au-delà du souci esthétique, montrent une forme d'audace qui peut favoriser "l'effet waouh" auprès du consommateur, qui, une fois le magnifique escalier central et monumental monté, (forme corolle, moquette et bois), se retrouve dans un espace plus vaste que celui du RDC, disposé à 90° exactement. Au-dessus, un toit terrasse plat et engravillonné permettait, aux dires d'un employé, d'assister aux courses dans les meilleures conditions ! Il s'y dresse encore deux panneaux de béton biseautés qui servaient de porte-enseigne.
A l'extérieur, l'effet est massif, l'horizontalité de l'ensemble s'impose, malgré la rupture qu'imposent les modules triangulaires saillants et leur rainurage vertical. Le bâtiment n'est pas symétrique, mais un rythme a été posé par une alternance de ces modules avec des modules plats vitrés, en quinconces avec les vitrages du RDC. Deux entrées principales opposées permettaient d'accéder au même magasin, mais une partie exposant des meubles traditionnels, l'autre des meubles contemporains. Ces entrées se font par deux portes magistrales après avoir monté un escalier qui ne l'est pas moins, modernes, reprenant le principe de l'angle droit, en retrait avec la façade, et offrent ainsi un porche aux visiteurs. Une promenade court tout autour du bâtiment, invisible depuis le parking, au sommet du terre-plain qui l'entoure et permet d'accéder aux terrasses situées aux pignons, surplombant, aériennes, les entrées des stocks. C'est ici qu'on trouve les détails architecturaux les plus singuliers (photo d'accroche), techniques, voire inutiles, puisqu'elles sont, au final, quasiment inaccessibles car occupées par un escalier de secours massif, en spirale, métallique, au dessin très stylisé. Des escaliers et des murets tout en diagonales (irrégulières) permettent d'y monter depuis le parking, et brisent le terre-plain pour accèder aux espaces de stockage.
Ce bâtiment dépareille aujourd'hui dans une zone commerciale faite de constructions cubiques en tôles et poutres, bon marché, rapides à monter, pratiques à occuper, mais parfaitement anti-architecturales, aussi émouvantes que des boîtes à chaussures et ayant la même fonction : c'est moche dehors, mais ce qui est intéressant se trouve à l'intérieur. On peut trouver que le magasin Mobilier de France est laid, mais par contre, il est un geste et un engagement. Avant même de rentrer, il s'adresse au client. Il est une proposition faite dans un environnement, il n'est pas neutre (voir ici ce que je pense des espaces neutres), et en ce qu'il est critiquable (en bien ou mal), il ne prend pas les riverains pour des décérébrés. Leur soumettre pour tout lieu de commerce (ça occupe quand même pas mal, faire ses courses) des boxs en ferraille uniformes, c'est avant tout éviter d'éveiller la curiosité et l'émotion des consommateurs. Ne pas les réveiller avant qu'ils aient la tête dans l'abreuvoir.
Comme le RER bondé, la zone commerciale est pour moi un lieu de maltraitance et une atteinte à la dignité humaine. Il n'y a rien à sauver. Vive Mobilier de France !
Sur le patrimoine béton et industriel à sauver : http://archipostalecarte.blogspot.com/
_w1500.jpg)
_w402.jpg)

