Retourner danser simplement, retrouver les fondamentaux, les évidences, le sens, le choix, le besoin qui m'a porté un jour dans ces cabanes obscures pour la seule délectation des sons amplifiés. Ces dix dernières années, un renversement, une envie neuve, puissante, différente, une curiosité nouvelle m'a fait brusquer ma nature et j'allais faire le con dans des festivals. D'un côté, je critiquais, de l'autre, espérant toujours le grand soir, j'y revenais. J'attendais qui ? J'espérais quoi ? Évidemment ça ne pouvait pas durer. Motivation en berne, évidente inadaptation, agacement généralisé, rejet, n'en ajoutons plus, cette fois je lâche l'affaire. Je n'y trouve définitivement plus aucun intérêt.
J'ai toujours trouvé contre-nature les festivals. Leurs programmations baroques voire putassières, la trahison sans vergogne de leur état d'esprit originel (s'ils en ont eu un), la flambée des coûts... Si en plus j'y suis seul avec une bière à la main à essayer de me laisser prendre par un groupe dont je n'attends rien, en attendant celui pour lequel je suis venu, ou le simple espoir de rencontrer quelqu'un que j'aime et nous ennuyer ensemble (mais même ça, je me suis surpris à fuir les visages que j'aurais pu saluer)...

Les festivals ressemblent souvent à des sorties de bureau, des manifs, des défilés de mode, le public est artificiel, ses manières empruntées, il est snob, faussement cool, consommateur idiot, grégaire, et lorsque je relis les dernières notes que j'ai prises à cet ultime "Lévitation", il est temps que j'arrête de m'y abîmer et d'apporter ma caution. Tant pis pour les moments de grâce, évidemment il y en a eu, mais ils pèsent si peu. Longue vie à ceux qui s'y retrouvent, je retourne exercer ma curiosité bien plus efficacement dans mon salon, ma boutique, ma voiture, et in fine dans une salle live avec moins de bétail et de vanité que dans ces grandes fermes invraisemblables. Marre de faire partie de la cohorte.
Et déjà, lui dont l'approche de la musique est si différente de la mienne, voire plus passionnante, me sourit et me lâche "tu es un énorme rageux". Mais il sait ma réaction et la comprend, il sait mon caractère et s'interroge même sur la durée de cette étrange fidélité. Que lisent nos enfants dans le fond de nos yeux ?
