Retrouvé dans un cloud un texte commencé en 2015. Comme beaucoup d'autres textes, avec l'intention motivée d'en faire un récit long plein d'engagement et de péripéties.
Photo by Owen Cannon on Unsplash
Je me souviens avoir cherché pas mal d'études sur la psychologie des foules. Une forme de prolongement du travail sur la réification musicale et l'attitude de l'auditeur comme consommateur de prestation scénique.
Au final, ça aura donné ce que donnent toujours mes intentions de départ. Quelques lignes avortées qui peinent à décoller. Les voici :
Ne cherche pas à leur ressembler.
Ne laisse pas les autres décider pour toi
Tu es des leurs
Affirme ta singularité
La foule avance
Suis le mouvement.
Remonte le courant.
------------------
Des rires, une foule qui se masse. Petit à petit, tout le monde regarde dans la même direction. Il n’y a rien pourtant.
Ils ne cessent pas de rire
Ils se sentent forts. Dix mille. Ils sont seuls. Ils ne viennent pas là pour être ensemble. Ils viennent pour calmer leur seule peur. Ils viennent pour fuir leur solitude. Leurs incertitudes. Ils sont seuls. Ils le savent. D’ailleurs, ils ne se regardent pas. Jamais. Ils savent que dans le regard de l’autre, ils vont trouver la même peur de la solitude. Mais pas de réconfort. Ils sont 10 000. Et rien à se dire. Ni partager. Leur rire fonctionne comme les larmes. Ils crient. Il n’y a pas de joie. Entre chacun d’eux, une feuille de papier pour s'isoler des autres. Ils ne se parlent pas. Tout à l’heure, ils repartiront seuls. Ils auront eu leur dose de manifestation de solitude en foule. Parce qu’on se sent mieux de savoir qu’on se ressemble dans le malheur.
Leur rire est vide. Ils ne se parlent pas. N’appellent pas à l’aide. Ne cherchent pas même un regard. Savent-ils vraiment pourquoi ils sont là ? L’ont-ils choisi ? Si tu te sens audacieux, demande-leur, pose la question : quel sens donnes-tu à ta présence là ? Une foule, ça a du sens ? Une foule, ce n’est pas naturel. On choisit de faire foule. Alors, qu’as-tu choisi ? Qu’est-ce qui te bouge là ?
Il se frappe la poitrine
Elle est très belle. Elle semble se réveiller au milieu de tous ces gens. Devant eux. C’est elle qu’ils regardent. C’est cela : ils semblent venus pour assister à sa naissance, la naissance de Vénus. Son visage exprime alternativement la crainte, l’incompréhension, l’amusement. Ils vont la dévorer. La mâcher lentement. Faire disparaître celle qu'ils adulent. Ils sont en foule, et la foule ne fait que ça. Manger. Effacer.
21 mai 2015
Photo by sasan rashtipour on Unsplash