"La folie m'a toujours sauvé...

Posté par Nico dans Ecouter - 20 mai 2021 11:51

... et m'a empêché d'être fou".

Non, non, malgré les apparences, ceci n'est pas un article sur HFT.

Ce sera plutôt, et encore, un article compil-wikipedia, cette fois autour de l'air des Folies d'Espagne...

Origines :

Elles sont à chercher chez Quignard dont Corneau fit ce film :

L'intransigeance janséniste du maître, retiré de toute vie sociale, de toute vanité, arc-bouté sur son art et sa douleur, cherchant dans la seule musique une improbable consolation, est jubilatoire, parce qu'insensée.

"Je n'ai pas entendu de musique". Ecouter tient de l'exploration, de la remontée vers une source originelle.

Voulant démentir Quignard, on voudrait trouver trouver des traces du Tombeau des Regrets, dont on dit la partition disparue. En vain. Le reclus Sainte-Colombe jouait bien des airs divinement émouvants, lentement polis, ajustés à force d'émotion quotidiennement ressassée, ensevelies avec lui. 

Qu'à cela ne tienne, on trouve facilement des enregistrements de la variation autour des Folies d'Espagne (la pièce jouée par Guillaume Depardieu), interprétés par Jordi Savall, auteur de la bande son (qui trouva dans le texte de Quignard et dans le film un magnifique marche-pied pour ressusciter la viole). 

Puis on remarque que la folia est une partition de base mille fois reprise par plus de 150 auteurs différents. Nombre de sites en parlent mieux que moi, depuis ses origines au 15è siècle jusqu'aux plus contemporaines versions, je ne refais pas l'article :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Folia

http://classic-intro.net/introductionalamusique/Encyclopedie/FoliesdEspagne.html

https://extremaidurabl.over-blog.com/2018/10/folies-d-espagne-et-oeuvres-qui-en-sont-inspirees.html 

(sur ce site, l'anecdote sur Weissenburd/Albicastro est hilarante)

https://www.intermedes.com/article/5457-une-perle-baroque-l-air-des-folies-d-espagne-la-folia/

Quelques réflexions :

  • Pourquoi Folies d'Espagne, lorsqu'on sait, très tôt, qu'il s'agit d'un air pastoral lusitanien ?
  • Pourquoi cette frénésie de la réinterprétation, de l'arrangement, de la variation ? Trop vulgaire, trop faiblement développée (simple ?) ou trop volatile pour être circonscrite dans une partition et la dimension savante que cela lui confère ? 
  • Ce goût du cinéma (cinq films en quelques minutes de recherche : Barry Lyndon,1492, Tous les Matins du Monde, Le Roi Danse, et peut-être Madame de Joncquières), pour cette variation simple et touchante (efficace), utilisable comme un code parmi tous ceux que ce média utilise (à l'image du Lac des Cygnes quand on veut parler ballet)
  • Le voyage : Portugal, Espagne, France, Allemagne, Angleterre, et l'évolution instrumentale : luth, guitare, viole, puis ensemble de cordes, claviers, chœurs...
  • L'aller-retour régulier popu-savant (pas eu le temps de creuser le sillon des danses traditionnelles qui auraient repris cet air)
  • La déclinaison rythmique : sicilienne, chaconne, rhapsodie, sarabande, marche
  • Elle était pas belle la vie au temps de l'absence de droit d'auteur ?

Ma petite compil :

La plus déchirante :

La plus frénétique et archéologique :

La plus alcoolisée :

Celle du Maître :

La Classique, quoique baroque :

La plus édifiante :

L'improbable et emphatique virtuose :

La plus kitsch (vangelis)

La plus romantique, quoique plus si romantique :

La fausse moderne caribéenne :

Petit jeu :

Le meilleur pour la fin : saurez-vous retrouver à quel moment de l'Andante de sa 5è symphonie le grand Ludwig a-t-il fait un clin d'oeil à la Folia ? 

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