Keep me comin'around

Posté par Nico dans Ecouter - 29 avril 2016 17:35

Yannis Philippakis n'est pas un type marrant.
Il n'en a pas l'air.
Les paroles de ses chansons, il les vocifère, il les aboie, il les grogne. Même les balades, il semble les confesser à regret.

Ce mec a une énergie noire comme le soleil au plus profond de lui, et chaque riff est une éruption. Et ça, j'aime. Non. J'adore. Je me prends tous ces à-coups dans le coffre, comme un sac de frappe les uppercuts. Chaque grondement de la montagne Philippakis stimule la sinusoïde  de l'électrocardiogramme, l'influx sanguin, les réactions rétiniennes et épidermiques.

Mountain at my gates : une histoire de montagne, et de possibles qui m'électrise depuis des mois. Ça ne se calme pas.
Je ne me lasse pas de ce morceau. Voyage synaptique. Terminaisons innervées. Exsudation de particules de folie. Émotions prêtes à dégainer. Fragmentation du tout. Excitation des molécules. Bouillonnement.
Ça commence par la plainte et l'agacement, le cri de Philippakis. Ça rage, en dedans, mais pas que. Ça tape du pied. Mais ça ne se calme pas. Les bras s'agitent. Réchauffement climatique. Le morceau s'emballe, et la peur vient de cet inconnu : la furie du type derrière son micro connait-elle une fin ? Il part, ok, et il va où ?

 Inhaler me faisait déjà ça, mais alternait les explosions et les descentes, calmait la colère et la peur. Là, jamais. A peine un palier pour reprendre son souffle, pour faire croire que tout est dit, et ça reprend. Le putain de feulement de la Gibson, la batterie qui devient épileptique, elle cogne toujours plus fort. La même situation que lorsque un chien fou se met à courir derrière un joggeur déjà épuisé. le martèlement du cœur se déplace dans les oreilles et force les yeux à clignoter en cadence.

 L'angoisse ne se purge pas, elle afflue en vagues croissantes dans les organes vitaux, le cœur bondit, on frôle l'apoplexie, la tétanie, la syncope, mais je n'étouffe pas, sauvés de cette dernière minute mortelle par la distorsion électronique, (merci, ô machines programmées) qui semble répondre à cette frénésie de cordes et de mots comme un bouchon de cocotte.
Jusqu'à la dernière note, jusqu'au dernier "keep me comin'around", jeté, fracassé, abandonné avec lui, je me tords le corps, je me penche au-dessus de mes tripes, je crois à l'implosion (dans quelques secondes, je serai de la poussière dans le cosmos), puis retombé, comme tabassé, haletant, à quatre pattes sur le parquet, je m'approche, douloureux, de l'ampli, et j'appuie sur Repeat.

Yannis Philippakis n'est pas un type marrant.

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